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Il est des passés lourds à porter. Celui de l’art italien est devenu assommant, paralysant pour les générations qui ont suivi. Outre l’urgente nécessité pour tous et pour chacun de tuer leurs innombrables pères, la création italienne actuelle se retrouve sans moyens, laissée de côté par une politique culturelle dont la priorité reste la restauration, la revalorisation d’un site, d’une fresque, etc. Mais c’est qu’il fut tellement fastueux ce passé de l’Empire romain jusqu’au XVIIIe siècle…

A ce débordement de marbre, de pigments précieux, d’or et de bronze, Mario Merz, Luciano Fabro, Penone, Pistoletto et les autres, regroupés sous l’appellation d’Arte Povera, répondent dans les années 60 par une économie de moyens et une retenue des formes. Les artistes de l’Arte Povera sont pauvres -ou plutôt modestes- par leurs matériaux mais riches par leurs expériences, leurs tentatives et leurs découvertes. Pour cela, la distance, la curiosité et l’humour sont de mise. Pistoletto inclut le spectateur dans ses œuvres en créant par exemple des tableaux-miroirs dans lesquels chacun se reflète parmi les personnages peints, ou encore une structure pour que les visiteurs puissent s’y appuyer et discuter de ce qu’ils voient (sauf que la Struttura per parlare in piedi, élevée au rang d’œuvre d’art, devient ainsi intouchable). Par ses draps librement accrochés sur un mur, Luciano Fabro se joue quant à lui de la tradition picturale, s’offrant ainsi sans effort la réussite du passage obligé par l’exercice du drapé pour les peintres et les sculpteurs, et faisant également référence à la toile -sans châssis. Contrairement à Giulio Paolini qui décline la figure de la toile tendue, de son verso et partant, du châssis.

A la perpétuelle recherche de nouveaux matériaux (empilements de napperons en papier pour former des colonnes, vannerie, impression dans la cire d’une minute et vingt secondes de fil de dynamite allumé, etc.) s’ajoute une conscience sociale et politique qui s’inscrit dans l’Italie de la surconsommation. Les artistes y préfèrent en effet l’ingénuité et un goût affiché pour la « débrouille ». Règle à laquelle seuls Les Pieds de Luciano Fabro (qui ont marqué l’année dernière La Beauté d’Avignon) viennent déroger par leur marbre de Carrare, leur porphyre, leur verre de Murano. Autant de matières précieuses et rares qui confirment pourtant encore le pied de nez à la tradition puisqu’elles servent à la sculpture d’énormes pattes animales, loin des exercices virtuoses et précis des pieds et mains des sculpteurs acharnés.