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Le début de l’exposition ressemble au paradis des fanatiques et autres fétichistes d’Alfred Hitchcock : une mise en scène et en musique de reconstitutions précises d’objets clefs distillés dans ses films par le maître du suspens, plongées dans la pénombre, protégées dans de petites vitrines tel un bijou dans un écrin. Suivent ensuite quelques archives menant à une salle présentant LA compilation que même le plus petit amateur d’Hitchcock rêve de posséder : l’ensemble des photogrammes des différentes apparitions du réalisateur tant attendues à chacun de ces films. Mais l’ambition d’Hitchcock et l’art est bien entendu plus large que de satisfaire des manies de rats de cinémathèque. Le texte de Godard -insistant sur l’importance des objets dans les films d’Hitchcock- qui accueille le visiteur avant même qu’il ne pénètre dans l’exposition, donne d’ailleurs le ton. Tout peut faire sens, même la copie conforme du soutien-gorge que porte Janet Leigh dans Psychose.

Car c’est au cœur même du processus de création du réalisateur que nous plongeons. Choisissant la confrontation d’œuvres, l’exposition n’impose jamais de discours théorisant ou de rapprochement radical qui aurait forcément tourné au jeu des différences. Le plaisir de ce parcours se trouve justement dans la liberté qui est laissée à chacun de s’approprier tableaux, dessins, photographies, sculptures et reconstitutions de décors. Les thèmes, inscrits sur les cimaises, sont comme un guide dans la démarche des deux commissaires, Dominique Païni et Guy Cogeval. Ensuite, le catalogue (qui fait presque 500 pages) peut apporter au visiteur qui le désire une réflexion dense sur ces coïncidences fatales.

Là se trouve l’originalité de la démarche des commissaires : ce type de travail -passionnant- autour de l’œuvre d’un artiste s’apparente tellement à un sujet de mémoire universitaire que le présenter sous forme d’exposition le rend audacieux, et même généreux. Le discours devient en effet très accessible et il apparaît alors comme une invitation pour le visiteur à poursuivre sa propre réflexion et à compléter l’ensemble par ses propres rapprochements. C’est là l’intelligence de la manifestation que d’offrir à chacun plus qu’il ne voit (ce qui n’est d’ailleurs pas franchement éloigné de la « méthode Hitchcock » qui alimentait l’imaginaire des spectateurs par ce qu’il ne montrait pas). Mais c’est également accepter, par le principe même de cette appropriation de tous, la sensation d’incomplétude que renvoie l’exposition malgré ses 500 et quelques pièces.

Enfin, si l’exposition séduit tant, c’est que l’on imagine sans mal le plaisir véritable qu’ont dû prendre les commissaires en la réalisant ; un plaisir qui plus est extrêmement communicatif. Et l’on aimerait bien se convaincre, en sortant de Beaubourg, que l’œuvre d’Hitchcock n’est pas la seule à supporter de telles comparaisons pour que cette riche expérience autour d’une autre œuvre soit renouvelée.