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Le temps d’un été, le FRAC Bretagne (Fonds régional d’Art contemporain) organise simultanément six expositions, histoire de marquer ses 20 ans. Choisies parmi un bon millier d’œuvres, ce n’est pas moins de 300 pièces, tous supports confondus (sculpture, peinture, photographie, vidéo), qui s’offrent aux pèlerins esthètes qui décident de parcourir la Bretagne au rythme de l’art contemporain. Des noms ? Simon Hantaï, Jacques Villéglé, Robert Filliou, Geneviève Asse, Toni Grand, Thomas Huber, Haim Steinbach, Pascal Convert, Rebecca Horn, Brassaï, Daniel Spoerri… Des pièces de qualité que certaines institutions accueilleraient avec plaisir. En dépit de cet assemblage solide, les œuvres se dissolvent dans la grande question qui ponctue insidieusement les accrochages : « FRAC, qui suis-je ? »

Question à donner le vertige, surtout en Bretagne ! Nés dans le cadre des lois de décentralisation de 1982, les FRAC ont pour mission de constituer une collection d’art contemporain pour chaque région française afin de créer une plus grande proximité des Français avec la création artistique actuelle. Le paradoxe à gérer, en la matière, étant de composer une collection de région et non pas une collection régionaliste. A voir les œuvres exposées, le pari est réussi, et rares sont les pistes explorées par l’art contemporain qui n’aient pas leur place dans cette collection. Pour autant, les thèmes retenus par les commissaires d’exposition n’ont de cesse de rappeler le souci du FRAC Bretagne de se rendre plus visible, la récurrence agissant là comme un indispensable aveu de mise au point.

En réponse à la question de l’identité, Frédéric Paul, commissaire de l’exposition du Centre d’Art contemporain de Kerguéhennec, évoque la collecte à la marge, risquée, et par-là jamais fixe, sans cesse en mouvement. Au collectionneur répond l’image de l’arpenteur, de celui qui fait l’expérience de l’art comme Jean Le Gac le fait du paysage (Le Paysage en rampant, en lisant, en dormant -domaine de Trévarez).

Pour conjurer l’inaccessible domiciliation de la collection du FRAC Bretagne, Jean-Pierre Criqui a décidé de donner un chez-soi aux pièces qu’il a sélectionnées en tissant entre elles un espace intime, celui de la maison, de l’intériorité (Lorient). Comment faire plus intérieur que la pièce de Vito Acconci, Adjustable Wall Bra, soutien-gorge démesuré où, invité à s’asseoir, le visiteur est appelé à régresser à l’état fœtal. Les opposés s’attirent et voici, au musée des Beaux-arts de Rennes, les œuvres projetées dans un dialogue avec l’espace et le temps. Carnac / Karnak de Bill Vazan soumet les deux sites archéologiques, par l’œil de l’appareil photo, à un rapprochement que le jeu de sonorités des toponymes parvient à faire exister, le temps de l’élocution.

Amenée à se poser des questions sur elle-même, la collection suggère à son visiteur de s’en poser, à regarder autrement son histoire, l’espace qui l’entoure et le constitue. C’est en envisageant par ce biais la sculpture de Fabien Lerat, Sans titre (structure violette) exposée au domaine de Trévarez, qu’elle se révélera des plus stimulantes. La légèreté et la tension associées dans cette pièce catalysent le rapport à l’autre, tout en permettant au visiteur de redéfinir sans cesse sa position. Cette pièce pourrait bien constituer une grille de lecture fertile pour observer la collection du FRAC Bretagne : fonder un point de vue, proposer des pistes au risque de s’y perdre, aller à l’encontre d’un repliement identitaire étriqué.