Une chose est sûre, le jeu vidéo ne fait plus rêver. Troisième larron à passer sur le grill de la sacro-sainte conférence du constructeur présentant sa nouvelle console de jeu, Microsoft avait l’avantage de celui qui arrive en dernier. Après Nintendo et sa Wii U qui, déjà dans les bacs, fait un bide pas bien mérité. Et Sony dont la PlayStation 4, encore invisible, promet monts et merveilles à condition d’aimer la socialisation online…

 

Microsoft se devait donc de frapper fort, sortir les muscles et mettre au tapis ses adversaires avec des features que les autres n’ont pas. Après un long suspens orchestré sans grande conviction, l’uppercut s’appelle finalement Xbox One, et la nouvelle s’étale déjà partout dans les journaux. Problème : le bidule a des airs de déjà-vu et confirme que le jeu vidéo s’est quand-même un peu fait la malle, ces derniers temps.

 

Média-center

Dans une conférence d’une heure au rythme serré (moitié moins que celle, plombante, de Sony), le poids lourd de Redmond s’est évertué, hyper confiant, à présenter les spécificités de sa nouvelle machine. Préférant repousser ses blockbusters et autres suites next gen à l’E3 dans quelques semaines (Microsoft promet 15 nouveaux titres dont 8 nouvelles licences exclusives), le constructeur s’est focalisé sur sa console. Une console renforçant la génération actuelle et allant toujours plus vers le média-center, la connexion en ligne, le cloud et les services ; bref, tout ce qui fait le quotidien numérique. Le jeu étant aujourd’hui définitivement partie intégrante d’un écosystème, et la console une plateforme servant à distribuer différents contenus. Ainsi, Microsoft croit réinventer la télé, avec une Xbox permettant de jongler, d’une commande vocale ou d’un geste, entre télévision, vidéo, musique, jeu, Internet, Skype, voire tout ça en même temps, quand on n’interagit pas avec son smartphone simultanément pour consulter les statistiques d’un match. Plus qu’une console, c’est du divertissement tout en un, halte au superflus.

 

La TV au centre de tout

Avec ses airs de Freebox next gen, la One (officialisons son petit nom) prend le contrepied de la Wii U. Là où Nintendo prend acte de la multiplication des écrans dans le cadre du salon, en la matérialisant, Microsoft veut lui remettre la télé au centre de tout, avec sa box comme l’ultime monolithe noir vers lequel transite tous les réseaux. La politique de l’américain, à la fois plus ouverte et plus centrale, est ainsi un moyen de neutraliser le maximum de sources, donc d’écrans, pouvant parasiter l’accès à sa plateforme de contenus. Si vous pouvez regarder un film tout en allant sur Internet, sans quitter l’écran principal, pourquoi utiliser une tablette ? Mais Microsoft est malin, allant jusqu’à introduire ces écrans secondaires au sien, pour accroître l’interaction avec ses contenus, et ainsi justifier une fois encore l’importance de sa machine. Seulement cette Intelligent TV, qui a fait beaucoup parler d’elle durant cette conférence (concept que voudrait aussi vendre les constructeurs de télévision), intéresse-t-elle vraiment grand monde ? N’est-elle pas une bataille dans la guerre du tout connecté ? Une manière de prendre une avance sur Apple, dont l’une des multiples rumeurs veut que le constructeur préparerait une console ? L’enjeu parait aussi de taille pour les chaines de télévision, qui ont tout intérêt à nouer des partenariats avec Microsoft afin de rester dans la course et de maintenir elles aussi un public devant l’écran du salon. La dispersion, vers les smartphones, tablettes, PC voire autres consoles, est plus que jamais une hantise. L’heure est au rassemblement, patriote.

 

La guerre en temps réel

Concrètement, passer les premières minutes à voir la console réagir au doigt et à l’œil d’un présentateur invariablement zélé (la caméra Kinect a fait des progrès, on en convient), avouons que, sous cet angle, les perspectives de cette télécommande aux airs de Tivo du futur laissent un peu sceptique. Il y a même quelque chose de désuet, sinon suspect, à mettre autant l’accent sur la télévision, média en chute libre et d’une autre époque que Redmond semble vouloir sauver ou s’accaparer, peut-être aussi pour ratisser large son panel générationnel. Et, ivre de sa toute puissance, Microsoft oublie un détail : la forte américanisation des contenus, comme si tout ici avait été pensé pour le fan de NBA ou NHL, la longue présentation des licences Electronic Arts qui ont suivi, enfonçant un peu plus le clou. Et si le constructeur s’engage à proposer de la TV en direct dans tous les pays, la promesse vaut comme un aveu. Mais à bien y penser, tout dans cette conférence à voulu imposer son identité nationale. Des contenus présentés pour la télévision, jusqu’aux rares jeux montrés, la conférence s’achevant sur une ribambelle d’images du nouveau Call of Duty (Ghost), tout ça pour fêter l’arrivée de bonus exclusifs. A une autre époque, on aurait hurlé à l’impérialisme. Aujourd’hui, las, on dira juste que Call of Duty est devenu la licence locomotive d’une industrie à qui on aimerait avouer parfois que la guerre en temps réel, c’est cool, mais que c’est quand-même un peu de la merde.

 

Verdict le 10 juin

Au détour de cette conférence qui, comme la concurrence, s’esquinte toujours sur les limites de son agaçant exercice marketing, quelques vraies nouvelles toutefois. Afin de renforcer encore un peu plus sa logique multimédia, Microsoft ouvre un nouveau département, le Microsoft Entertainment Studios. Première production à sortir de celui qui, après Netflix, se lance sur le créneau porteur des séries exclusives en ligne : Halo. Soutenu par un Steven Spielberg clipé pour l’occasion en vidéo- on aurait préféré un petit coucou en direct depuis la croisette sur son yacht, les pieds dans l’eau -, le projet de transformer la série mythique de la marque Xbox en show télévisé montre encore combien Microsoft investit dans l’élargissement de ses contenus et sa marque. A côté de cette annonce, acclamée par un public sous hypnose, quelques timides jeux ont pointé le bout de leur nez. Un seul à retenir, Quantum Break de Remedy (Alan Wake, Max Payne), vendu comme un véritable show interactif avec pléthore d’embranchements narratifs. On n’a rien vu, mais le développeur à notre confiance. Là encore, le choix du jeu n’était pas innocent, et à côtés des licences sportives (Forza 5, même pas beau), il n’a fait qu’aller dans ce sens d’une console tournée vers la télévision et la transversalité. Reformulant ainsi le vœu de sa grande sœur qui, déjà, se rêvait en hub pour living room. Le seul problème, c’est qu’on veut toujours bien jouer sur nos écrans king size, mais qu’on a arrêté depuis un bail de regarder la télévision. Heureusement, au final, ce sont toujours les développeurs qui font une machine. Rendez-vous le 10 juin pour le verdict.

 

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