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2
sur 5

Tout passe, tout casse, tout lasse : il n’y a pas si longtemps, disons une petite éternité, le label LucasArts squattait avec arrogance les plus hautes places du podium en matière de jeux vidéo sur PC. Citons pour mémoire certains incontournables qui ne vont guère nous rajeunir : Day of the tentacle, Sam & Max, X Wing, Tie fighter, Rebel assault et toutes ces sortes de choses. Pour tout dire, LucasArts, alors synonyme de qualité zéro défaut ou presque, rassurait le joueur : oui, il y avait bien une vie vidéoludique après la licence. On osait espérer profiter de titres de qualité tout en se prélassant dans l’univers indéboulonnable de la trilogie venue d’une très lointaine galaxie. Joie de l’immersion, le joueur n’avait pas à ingurgiter de mauvaise grâce une resucée de vieux mythes cinématographiques (cf. la série Wing commander et le poussif Mark Hammil, mal reconverti en acteur à poches sous les yeux). En revanche, les développeurs ne cédaient que peu au syndrome Acclaim (une licence + un gameplay bâclé = une merde). On les en remerciait tout en déboulonnant du bombardier Tie à grands coups de fusils à ions. Evidemment, il fallait se farcir la bande-son de John Williams, mais après tout, comme un honteux plaisir, on savourait les neurones en apesanteur les thèmes ultra-pavloviens pour orchestre philharmonique hollywoodien (tiin tinn tiin ta tintiiin ta tintinnn, etc.).

Las, avec Force commander, LucasArts nous offre sa quatrième gamelle en six petits mois. Résumons : La Menace fantôme, poussive adaptation de l’Episode one interdite au plus de douze ans, Racer, jeu de courses ben-huriennes futuristes (hé oui !) lassant au bout de trois tours, Rebellion, calamiteux space-opéra, et enfin Force commander, tentative infructueuse d’assimilation du principe strat temps réel. Que s’est-il passé ? Pourquoi sombrer dans une telle facilité ? Pourquoi tant de médiocrité ? Car enfin, le mythe et sa magie opèrent, non ? A preuve, le joueur moyen ne peut que s’émouvoir en insérant le CD dans le lecteur de son PC dopé à l’EPO. Emotion de l’instant, immersion à peu de frais. Et nous voilà transportés sur Tatooine. Jusqu’ici tout va bien. Puis vient la catastrophe : le jeu accuse un retard technologique improbable, la 3D est mal exploitée, le système de caméra donnerait le tournis à Yoda et l’interface ô combien mal foutue nous renvoie à la glorieuse époque de Myth premier du nom. Oui, mais, il reste la magie, non ? La réponse fuse : non, même pas. Et c’est là que le bât blesse. On tente d’apprécier, de se convaincre que Force commander est bien la merveille attendue, le jeu de stratégie définitif et addictif. Terrible déconvenue. On s’ennuie ferme et les fautes de goût ne nous sont pas épargnées (le thème musical principal remixé façon guitares technoïdes effraie les moins réfractaires, zoomer nous fait perdre toute visibilité tandis que dézoomer nous laisse pantelants face à un indigne amas de pixels). Surtout, il est désormais évident que LucasArts cède à la facilité. Les sorties inspirées de l’Episode one nous avaient laissés sur notre faim, ce Force commander là nous fait aimer davantage encore Total annihilation. Un mauvais jeu donc ? Soyons honnêtes : la chose frise à peine la moyenne mais il lui est déjà beaucoup pardonné (que voulez-vous, nous aussi, nous allions au cinéma dans notre insouciante jeunesse, et que celui qui n’a jamais touché une figurine Star wars en plastique me jette la première pierre). Malgré tout, on regrettera longtemps l’impeccable finition d’un X-Wing alliance qui lui, au moins, tenait ses promesses. Force commander ne survit que par sa licence en or massif. Pas de quoi pavoiser, on dirait du Acclaim… Il ne nous manque plus qu’une très chouette aventure interactive confiée à Cryo pour que le désastre ludique soit total. On connaît pourtant la suite : ils en vendirent de nombreux exemplaires et se congratulèrent en ne se promettant pas de faire mieux la prochaine fois. La fin d’une époque ? Logique. Vous avez aimé Episode one, vous ? Sincèrement ? Tsss tsss. Que la force soit avec nous, le pire est peut-être à venir…