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3
sur 5

Réjouissons-nous, SquareSoft s’est apparemment enfin décidé à élargir sa politique d’exportation vers nos riantes contrées européennes. D’ici la fin de l’année des petits bijoux comme Chrono cross ou Vagrant story débarqueront en France en grande pompe… En attendant, il faudra tout de même se contenter de SaGa frontier 2 avant cette fin d’année fatale pour la tirelire du gamer. Pas de quoi faire des bonds de cabri sur le canapé, a priori… Il faut rappeler que le premier SaGa fontier du nom se traînait une sale réputation de jeu sans queue ni tête, à classer du côté des rares flops de Square. De fait, SGF2 est un jeu totalement schizophrénique, à la fois modeste par la forme et ambitieux par le fond, ni vraiment blitzkrieg commercial à la FF VIII, mais pas tellement profil bas non plus.

SGF2 vous invite à couvrir un siècle d’histoires -rien que ça !- dans un monde médiévo-germanique, à travers deux scénarios distincts. Le premier met en scène un prince en exil, chassé de son futur royaume pour ne pas avoir su manier la magie pour accomplir la cérémonie d’intronisation. Franchement remonté suite à cette humiliation, le jeune Gustave décide de créer son propre empire à la force du poignet. Le second raconte les exploits d’un chasseur de trésors, Will Knights, déterminé à résoudre le mystère qui entoure la disparition de ses parents biologiques. Evidemment, ces deux destins finiront par se croiser, plusieurs fois, sur fond de fresque épique, d’intrigues politiques, de guerres et de magie ancestrale. Chaque scénario est divisé en une série de petites missions parmi lesquelles vous êtes libre -le mot est un peu fort…- de choisir. Une fois une mission achevée, de nouvelles aventures apparaissent sur la carte du jeu, à vous de sauter d’un destin à l’autre au gré de vos humeurs.

Ceci dit, SquareSoft pousse sans doute le bouchon un peu loin en revendiquant « une plus grande liberté d’action ». Quand bien même vous pourriez choisir entre plusieurs missions, celles-ci sont écrites à l’avance et le destin de vos personnages déjà tracé. Il faut peut-être voir ça comme un nouveau genre, le e-book/RPG, une histoire à suivre « avec un peu d’interactivité dedans ». Une fois ce postulat de départ accepté, SGF2 est très plaisant à jouer, sans être transcendant, mais les fanatiques du jeu de rôles libertaire auront sans doute du mal à avaler la pilule et à se contenter, dans certaines missions, d’appuyer frénétiquement sur le bouton X du Joypad pour faire défiler des phases de dialogues parfois un tantinet longuettes et poussives.
Reste le plus gros inconvénient : sur plus de 100 ans, vos personnages vieillissent, meurent, vous pouvez les incarner, incarner leurs fils, leurs petits-fils, leurs ennemis, les fils et les petits-fils de leurs ennemis, bref à peu près tout le monde. Difficile de s’identifier à une foule, difficile aussi de se motiver pour faire du level-up, surtout lorsque le personnage ne fait que passer, le temps d’une seule et unique mission.

Heureusement, Square compense ces faiblesses par ses habituels atouts. En premier lieu, la réalisation. Foin de cinématiques éblouissantes ou de 3D poudre aux yeux. Les décors sont peints à la main et les personnages sont… des sprites, au demeurant fort bien intégrés aux paysages. Malgré un indéniable côté suranné, le résultat est magnifique, véritable festival de couleurs aquarellées. Les musiques ont quant à elles beaucoup plus d’épaisseur que celles de FF VIII, même si leurs mélodies sont un tout petit peu moins inoubliables. Deuxième point fort : les combats. Le système Final fantasy, malgré quelques liftings de surface, faisait du surplace depuis quelque temps. Dans SGF2, Square propose une alternative, certes difficile à appréhender, mais qui s’avère passionnante après la (longue) phase d’apprentissage nécessaire. Trois modes vous sont proposés, selon la situation. Le premier, le plus classique, est un bon vieux combat en équipes, par tours, qui apporte tout de même son lot d’innovations. Chaque personnage a un capital de points d’attaques armées et magiques. Plus le coup porté est supposé être puissant, plus votre capital diminue. Selon vos choix tactiques durant le combat, certaines caractéristiques augmentent (par exemple, le combat à l’épée, ou la magie à base de feu), et si vous persistez dans certaines attaques, vos personnages en créent de nouvelles, beaucoup plus puissantes, ou s’allient pour porter une attaque commune, nettement plus dévastatrice. Vous avez aussi souvent l’occasion de vous battre en mode solo, ou en battle-mode : il faut alors déplacer plusieurs unités de combattants sur une carte et faire preuve d’un minimum de stratégie (agressive ou défensive selon la puissance de votre armée). Ce système de combat est sans doute la plus flagrante réussite du jeu, d’autant plus qu’à l’instar des autres productions Square, les combats sont impeccablement emballés d’effets lumineux très agréables à regarder.

Au final, SGF2 ne réconciliera pas les PC-puristes avec les RPG-consoleux. Les premiers seront exaspérés par l’extrême linéarité du jeu et une durée de vie tout juste acceptable (une vingtaine d’heures). Les autres apprécieront la réalisation parfaite et un système de combat réellement novateur sur console. Si vous faites partie de la seconde catégorie, et que votre compte en banque regorge de billets verts, jetez-vous sur SGF2. Sinon, épargnez avant l’automne-hiver 2000 qui devrait voir arriver des productions nettement moins dispensables…