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sur 5

Dans un contexte « guéguerreux » où chaque console cherche à prouver par tous les moyens qu' »elle a la plus grosse », Primal fait figure de mètre-étalon. C’est LE jeu type à priori conçu quasi exclusivement pour montrer à la concurrence que la PS2, sous ses airs de vieille mémé dépassée par des machines plus fraîches et plus performantes, en a encore sous le capot. Si le jeu vidéo se limitait à un simple concours de bites, alors Primal remplirait ses obligations avec éclat : c’est sans doute un des plus beaux moteurs 3D qu’on ait pu admirer ces derniers mois. Bref, c’est très joli… Très sombre, mais très joli.

Malheureusement pour le jeu de Sony, ça ne suffit pas. Primal est un petit exploit technique, mais c’est aussi un petit jeu. Ou un grand moment d’ennui létal si on préfère l’emphase lyrique. Non pas qu’on soit contre l’ennui dans un cadre vidéoludique. On a suffisamment défendu Shenmue 1 & 2 et son rythme lymphatique pour ne pas retourner sa veste dès qu’on passe de l’éditeur adulé -Sega- au rouleau compresseur Sony. A qui il sera beaucoup pardonné pour avoir pondu un des plus beaux jeux de ces dernières années, Ico. Mais là, fini, on n’accroche plus. On nous a déjà fait le coup avec The Getaway, l’arlésienne prometteuse devenue pétard mouillé. Primal s’inscrit indubitablement dans cette continuité : on en a beaucoup parlé avant, puis, peu à peu, au fil des previews de plus en plus suspicieuses dans les mags spé, le doute s’est installé. Et si Primal est au moins parvenu à se débarrasser d’une grande partie des bugs qui plombaient les premières démos, il conserve tout de même sa petite ligne grand public/cinématique/épate couillon.

Venons en aux faits : Jen est une petite goth, fiancée au leader d’un groupe de rock post-grunge plutôt atroce. Elle est plutôt moche, inévitablement caustique. C’est dire qu’on a pris un honteux plaisir à la voir, dans la loooooongue scène d’intro, se faire mettre en pièces, elle et son boyfriend, par une brute de trois mètres de haut. Pas de bol, alors qu’elle végète dans un lit d’hôpital, une drôle de bestiole gargouillesque, nettement plus sympathique avec son babil de majordome british, vient la tirer de son coma pour sauver l’univers, menacé par le dieu Abaddon, le Saddam Hussein local. Pour rétablir l’équilibre entre le Bien et le Mal, Jen, et son petit compagnon à face de rat, Scree, doivent combattre les forces du Chaos dans quatre mondes élémentaires -terre, eau, air, feu.
Primal plagie dans ses grandes largeurs l’excellent Soul reaver : de vastes mondes à explorer de manière ultra-linéaire, des énigmes exigeant une utilisation pertinente des capacités distinctes des deux héros pour être résolues, et des combats un peu saoulants. Si l’aspect coopératif réserve quelques bonnes idées, Primal se plante joyeusement sur le reste. Les aires de jeu sont bien modélisées, mais désertiques, souvent sombres et sans génie dans le genre « gothique pour nerds ». Les nombreux allers-retours entre les divers points-clés de l’intrigue sont à crever d’ennui, d’autant plus qu’ils sont constamment ralentis par des combats d’une rare mollesse, cadrés comme des sitcoms AB et d’une banalité dont ne voudrait pas le plus bourrin des beat’em-all. La maniabilité n’est pas forcément désagréable -sauf dans le monde aquatique où elle vire au calvaire-, mais l’entreprise semble tellement dénuée d’intérêt, tellement prévisible, que jouer à Primal tient plus du sacerdoce que de la distraction. A force de vouloir flatter les processeurs de la machine, les concepteurs ont oublié de pondre un vrai jeu. Dénué d’âme, de véritable concept, de vie, Primal s’élève à peine au-dessus du statut de démo technologique. Pas de souci, ça va tout de même se vendre, au vu de l’énorme campagne promotionnelle qui accompagne la sortie du produit. Pas grave : juste un coup de pelle supplémentaire pour enterrer le jeu vidéo dans ce qu’il a de plus noble et de plus jouissif.