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5
sur 5

Lunettes noires, visage ravagé par l’acné, look de yakuza death-metal, Tomonobu Itagaki est sans doute l’un des game-gurus les plus mésestimés de sa génération. Et pour cause : le leader de la Team Ninja ne cherche pas vraiment la respectabilité. Pillant sans états d’âme le très sage Virtua fighter, Itagaki a remodelé le mythe crée par Yu Suzuki pour en tirer un clone déviant et pervers, Dead or alive. Se forgeant ainsi son propre cocon, un univers synthétisant tout ce que la pop-culture Américaine et Japonaise peut avoir de plus vulgaire et de plus bêtement adolescent, une ode aux grosses poitrines, aux clichés les plus vils sur l’imagerie gravitant autour des arts martiaux, aux fantasmes nouveaux-riches les plus bas. On n’est pas obligé d’apprécier. Mais on peut reconnaître que ce décorum aseptisé, clinquant, bordélique, constitue une voie bien à part au sein d’une industrie vidéoludique relativement timorée, en constante recherche d’une maturité castratrice. Une démarche putassière, un rien morveuse, donc irrésistiblement séduisante, qui trouverait son accomplissement à travers ce Ninja gaiden Xbox, beat’em-all foutraque et gracieux. A première vue, une simple remise à jour d’une vieille licence des années 80, qui louchait déjà, avec opportunisme, sur le succès des Shinobi. Mais le dernier jeu de la Team Ninja n’est pas un remake : son héros porte-drapeau, Ryu Hayabusa, n’a d’ailleurs jamais vraiment disparu de nos écrans, préservant son statut d’icône au sein des Dead or alive. De fait, Ninja gaiden ne conserve de son héritage qu’un niveau de difficulté largement supérieur à la moyenne actuelle et cette incapacité vintage à composer un univers virtuel cohérent. Villages nippo-féodaux, cités occidentales, bases militaires hi-tech, et souterrains égyptiens, les niveaux se succèdent sans aucune logique esthétique.

Ni très inventif, ni très original, perfectible à bien des égards, Ninja gaiden se paye tout de même le luxe de ridiculiser tous les avortons issus du ventre boursouflé de Devil may cry. Sans doute parce qu’il a été pensé comme une excroissance chaotique des Dead or alive, reprenant à son compte cet amour immodéré pour les jeunes filles aux formes plus que généreuses, les bad guys ridicules, les décors de carte postale… Jusqu’au système de combat, allégé, simplifié, conservant ce qu’il faut de complexité pour faire de lui un beat’em all d’une incroyable profondeur. Au-delà de ses défauts, de sa difficulté monstrueuse, de ses boss bien trop nombreux, Ninja gaiden se pose donc comme un voyage initiatique et sacerdotal, c’est ce qui fait sa force. Suer sang et eau pour maîtriser la chorégraphie meurtrière ultime, souffrir, puis jouir intensément du plaisir de la victoire. Que cette leçon de jeu soit donnée par un game-designer plus proche du maquereau que du vieux sage oriental rend le périple d’autant plus délectable.