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3
sur 5

On s’était juré de ne plus jamais parler de Nintendo et de son soi-disant conservatisme, de son entêtement à « rester lui-même », insensible aux sirènes de la modernité. Mais Nintendo nous nargue, nous pousse à radoter. Réglé comme une horloge suisse, il refait encore et toujours les mêmes jeux. Soit par paresse, soit par anticonformisme. Peu importe. Nintendo nous aime tellement il nous invite à l’imiter. Inutile, en effet, de se fatiguer à critiquer Mario golf : Toadstool tour. Il suffit, à peu de choses près, de faire un rapide copier-coller de ce qu’on avait écrit sur Mario golf 64. Après tout, pourquoi devrait-on fournir plus d’efforts intellectuels que l’éditeur lui-même ?

Hélas, on ne trouve pas de chronique de Mario Golf 64 dans les archives de Chronic’art. Il va donc falloir trimer. Quoique. Que Mario Golf : Toadstool tour soit un jeu de golf est finalement assez accessoire. C’est un jeu de golf pour ceux qui n’aiment pas le golf. Comme Mario Tennis est un jeu de tennis pour ceux qui n’aiment pas le tennis. Et Mario Kart un jeu de bagnoles pour ceux qui n’aiment pas les jeux de bagnoles. D’ailleurs, Nintendo -sous la tutelle de son hamster jovial Miyamoto- ne fait que ça : des jeux vidéo pour ceux qui n’aiment pas les jeux vidéo. Avec un tel credo, on peut s’étonner que l’éditeur n’ait pas réussi à conserver son statut de leader. Au contraire, l’éditeur s’adresse sésormais, de manière plus ou moins consciente, à ceux qui rejettent l’élargissement du médium à un public de masse. Mario golf est l’illustration parfaite de ce paradoxe. A la fois parce qu’il peut rassembler jusqu’aux plus réfractaires à ce sport de bourges et de directeurs de cliniques privées derrière le pad. Mais aussi parce que seuls les joueurs les plus gourmets sauront apprécier cette justesse du gameplay, simple, accessible, sans réelle prise de risque, certes, mais sans véritable accroc non plus. Ici, pas de swing au stick analogique, Nintendo ne fait pas dans la simulation pointue à la Links ou Tiger woods PGA tour. Il simplifie jusqu’à l’extrême, voire l’absurde. Exemple : le « swing automatique » qui laisse l’ordinateur faire des loupés à la place du joueur. Un peu étrange comme choix de game-design. Le summum de la con-convivialité, confortablement blottie au sein d’un univers sans aspérité, familier, coloré. Nintendo se permet juste de faire porter à ces éternelles saintes-nitouches de Peach et Daisy des shorts ou des mini-jupes ras-la-motte. Attention : Nintendo a rarement été aussi loin dans le softcore.

A force de bégayer, l’éditeur nippon s’expose à ne susciter qu’une reconnaissance polie de son savoir-faire de la part de ceux qui continuent à le suivre aveuglément. C’est peut-être une forme de sagesse ou d’acceptation un brin résignée. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’à force de tirer sur la corde de son irréprochable passif, Nintendo finira tôt ou tard par payer le prix de son talent.