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2
sur 5

L’intérêt de Chronic’art en multi-support, c’est aussi de pouvoir revenir un peu sur le cas délicat des jeux vite testés pour respecter les délais de bouclages du magazine papier. Dans le genre, certains éditeurs savent y faire pour noyer le poisson. En l’occurrence ici, la grosse anguille Driv3r sur laquelle, il faut bien le dire, on s’est un peu trop vite extasié. Sans doute parce qu’il s’agit de se farcir le concurrent GTA -gros morceau, pour sûr-, Reflections nous la joue blockbuster et sort l’artillerie lourde pour emballer son nouvel opus : somptueuses cinématiques hollywood style, avec les voix de Michael Madsen, Ving Rhames, Michelle Rodriguez et Mickey Rourke ; un mode réalisateur pour monter ses propres séquences directement inspirées des séries US les plus emblématiques du genre (Deux flics à Miami, Starsky & Hutch) ; la « Thrill Cam », caméra permettant de visionner ses cascades en temps réel sous de nouveaux angles ; et, cerise sur le gâteau, la reconstitution, assez fidèle il est vrai, de Miami (big up à Vice city ?), Nice et Istanbul à travers lesquelles on va déambuler dans la peau du flic Tanner pour infiltrer un clan de trafiquant de voitures. Encore une histoire de taule froissée.

Bel emballage donc, mais que vaut véritablement Driv3r à l’usage ? Pas grand chose hélas, comparé au fleuron du genre GTA, que le jeu de Reflections, soyons clairs, n’est pas du tout en mesure d’intimider –San Andreas, nouvel opus de la série de Rockstar Games débarque d’ailleurs à la rentrée. Et ce, malgré quelques missions plutôt bien maîtrisées : généralement, les courses poursuites en bagnole. Au total, 70 types de véhicule à la disposition du joueur. Dans Driv3r, on peut aussi prendre le large en offshore, en vedette ou en yacht (bof), ou faire son Jacky en mobylette. Tout cela à tester selon le type d’objectif imposé à Tanner. Quand il ne s’agit pas de mission à pied : les intentions sont certes louables, mais avec une trame scénaristique aussi linéaire le résultat n’emballe de fait qu’à moitié. Le pire étant que ces phases à pied révèlent une série de bugs impardonnables -Tanner coincé dans une porte, dans un pan de mur, ou en lévitation dans les airs entre un offshore et le quai- et une maniabilité franchement exécrable, à moins d’apprécier la marche en crabe et les sauts de cosmonaute sur la Lune. Et de ne pas être trop regardant quant à la précision des shoots. Même nager -oui, c’est permis- s’avère particulièrement laborieux.

Finalement, le plus sympa dans Driv3r, c’est d’opter pour le mode « conduite libre » pour se pavaner en ville et y expérimenter les coups fourrés les plus retords. Seul moyen de jouir d’une certaine liberté qui fait gravement défaut à un mode « story » trop rigide, trop sage, trop couru d’avance. Car c’est bien là le souci majeur de l’opus 3 : la progression dans le jeu reste sans surprise, atrocement scriptée et donc prévisible. On devine assez facilement les voies empruntées par les fuyards, on se doute qu’en haut d’un escalier, derrière une porte, nous attendent un ou deux adversaires. Tout cela se répète inlassablement lorsque l’on réitère les missions, sachant que Reflections n’a pas daigné offrir une once d’IA à ses protagonistes.

Bref, en matière de gameplay, Driv3r se pose là comme un doux anachronisme vidéoludique. Trop has-been pour exciter le hardcore gamer, pas assez rétro pour titiller le gloubiboulga-nightclubber. Entre les deux, bien sûr, ça fait du monde, et les promesses non tenues n’y changeront pas grand chose.