3
sur 5

Soit la maison Forrester, sa panoplie d’héritiers, son mestre et ses conseillers, fidèles bannerets de la maison Stark, gardienne du Nord, avant que celle-ci ne soit sacrifiée sur l’autel pourpre de l’alliance entre Bolton et les Lannisters de Castral Roc. Ça ne vous parle pas ? Alors le nouveau cru Telltale n’est pas pour vous. Mieux vaut revenir après le visionnage du Game of Thrones d’HBO ou la lecture des livres de Martin. Contrairement au jeu de Cyanide (Xbox 360, PS3, PC), Iron From Ice ne prend pas de gants avec les étrangers.

Départ in medias res au cœur des noces pourpres de Walder Frey. Aux commandes d’un valet, on s’échappe du carnage – évidemment (ce n’est que le début) – non sans apercevoir son seigneur se faire ouvrir les tripes à l’orée de la forêt. On zigouille, maladroitement, un ou deux laquais de Bolton qui, surprise, ont égorgé notre famille sur le chemin du retour. On se pète une jambe – le paternel meurt dans nos bras. Sale journée. Ecran noir. Le générique aussi mythique qu’entêtant du show retentit. On le siffle, puis on le chantonne, mû par une jouissance totalement inappropriée eu égard aux hectolitres de sang qui viennent tout juste d’être déversés. « Game of Thrones » en lettres ardentes s’affiche. On est dedans, ça y est.

Car ce qui est proposé ici n’est ni plus, ni moins, qu’une extension de la série. Un authentique spin-off, passé à la moulinette Telltale, qui cale généreusement la dent creuse du fan. Les événements narrés ne sont bien sûr qu’épiphénomènes dans cette vaste entreprise qu’est A Song of Ice and Fire. Mais le microcosme Forrester monté par les anciens de Lucas Arts découle d’un brillant travail d’échantillonnage. L’effet loupe est assez saisissant pour nous convaincre que le tout est égal à la somme de ses parties dans Game of Thrones. Ainsi, à la tragédie grecque des noces pourpres succèdent deux heures moins saignantes de coutumières machinations, d’initiation et de lourdes prises de décision. Rendez-vous en terre connue pour une reproduction d’une précision arithmétique. Mais aux enjeux forcément moins intenses. Le mime se poursuit jusque dans la prolifération des points de vue, éparpillés, de Port-Réal jusqu’aux bois nordiques, en passant par la King’s Road. Au fil des saynètes et des changements de rôle, les écrivains tissent paisiblement – sadiquement ? – la toile sombre du destin de ce clan, rattrapé par la pourriture du monde. Un trait qu’ils partagent avec les Starks. Difficile, dès lors, de concevoir une quelconque emprise du joueur sur la véritable finalité des événements sans que cela ne sonne faux. On n’échappe pas à la logique de soustraction perpétuelle de Martin.

Le piège était tendu. Iron From Ice l’évite soigneusement. Lorsque le glaive s’abat, on ne tergiverse pas. C’est sec, propre et net, de façon à capturer l’effet de surprise et l’irrévocabilité de ces instants qui font le sel du show. Le joueur est totalement dépossédé. On a beau être rodé, la suspension d’incrédulité fait le reste : garantie 100% bouche ouverte. De fait, plutôt que de s’insinuer dans un modèle déjà éprouvé par HBO, Telltale appose sa marque dans la façon dont il cantonne le joueur au rôle de proie facile avec tout à apprendre – niveau 1 en diplomatie.

Jeunes rookies de chair fraiche, les Forrester atterrissent prématurément dans un monde d’hyènes, où il leur faudra micro-manager à vue – si ce n’est à l’aveuglette – les sensibilités de chacun. Le joueur se voit ainsi donner la pire main possible, à lui d’en tirer la meilleure combinaison perdante au coup par coup, en attendant d’hypothétiques jours meilleurs. A ne pas confondre avec The Walking Dead où un impératif moral d’humanité est attendu, ici il s’agit de survie animale, primitive, dépourvue d’éthique. Avec le verbe en guise de crocs.

Chaque dialogue est une mine diplomatique à désamorcer, une balle fatale à esquiver. Le face à face avec Cersei est à cet égard mémorable, plein d’insidieuses finauderies. A qui donc faire confiance ou allégeance ? Le joueur n’en sait rien. Tout est équitablement suspect et prédateur. De sorte qu’Iron From Ice dispose des choix les plus complexes à trancher de tous les jeux Telltale. Cette mort certaine ou celle-ci ? L’incertitude est totale. Soi-même dos au mur, face au désarroi, compressé par un étau de perplexité, on s’imprègne mieux de l’intraitable univers de Martin. On vit la peur viscérale d’extinction qui anime ses personnages. A chaque pas, l’hiver vient. Impossible pourtant de tirer un réel bilan, même provisoire, de ce premier épisode. La construction y est beaucoup trop lente et morcelée. Une chose est sûre cependant, on veut en savoir plus.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here