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3
sur 5

L’opiniâtreté de Chris Taylor pourrait forcer le respect si les ambitions vidéoludiques du bonhomme dépassait la simple optique de clonage. Parfois la pratique est louable et le résultat éclatant (Total annihilation, Warcraft killer et must-have toujours inégalé plus de quatre ans après sa sortie en matière de STR). Aujourd’hui, avec Dungeon siege, disons que c’est plus douteux. Car l’ami Taylor affiche clairement une nouvelle fois son intention / obstination : rentrer dans le lard de son concurrent de toujours comme si toute sa vie de concepteur n’était finalement consacrée qu’à faire la nique à ses confrères de chez Blizzard. La cible ici : Diablo II, jeu de rôle/action ultime sur PC, et le clonage est à ce point flagrant qu’on pourrait quasiment s’arrêter là en ajoutant simplement que Dungeon siege en est un honnête successeur, sans plus.

Il s’agit donc ici, à l’instar du hack’n slash blizardien, de créer son personnage, de recruter au fil des rencontres de nouveaux héros (8 persos maxi) pour un long voyage semé d’embûches et infesté de sbires du Maître des Ténèbres. Soit le scénar’ médiale fantastique type, avec persos et attirail de rigueur, pour le fan tolkénien de base. Un peu faiblard n’est-ce pas ? Sauf que Dungeon siege se laisse gentiment déguster, le soft n’étant pas totalement exempt d’intérêt. D’abord, il faut bien reconnaître la prouesse graphique avec un rendu des décors (extérieurs et intérieurs, impressionnante gestion dynamique des lumières ici), des paysages et des conditions climatiques à couper le souffle. Pour ça, la balade qui vous mène d’une ferme paisible jusqu’au château d’Ehb vaut le détour. Il en va de même s’agissant des sorts, l’équipe n’ayant définitivement pas lésiné sur l’épate visuelle. Autre point fort : l’aisance avec laquelle on fait pivoter la caméra et les possibilités de zooms. Impossible dans ces conditions de rester bloquer dans les recoins d’une salles, comme c’est souvent le cas dans ce type de représentation 3D. Enfin, s’il s’agit bien entendu de faire progresser une équipe, rien ne vous empêche de séparer temporairement vos héros pour exploiter plusieurs chemins à la fois, ou bien encore pour revenir sur vos pas sans devoir diriger péniblement toute la troupe. Une option utile pour écarter votre mule (pour compenser une capacité de stockage assez limitée chez vos héros, l’acquisition d’une bête de somme se révèle vite obligatoire) du champ de bataille. A noter que Dungeon siege se pratique également en réseau, en équipe ou bien joueur contre joueur.

Voilà pour les aspects positifs du jeu. Comme Diablo, Dungeon siege tente assez maladroitement de mêler action et jeux de rôle en reposant sur l’évolution des personnages et leur spécialisation au fil de la progression. Un leurre, évidemment, puisque que vous n’avez jamais vraiment la liberté de choisir : au départ, ce n’est sûrement pas avec le pauvre sort « décharge électrique » que vous allez survivre dans ce monde de brute, l’option warrior de base étant au bout du compte la seule voie à suivre pour subsister. En outre, par la suite, lorsque vous enrôler de nouveaux personnages, ceux-ci présentent des caractéristiques assez avancées de telle sorte que leur destin d’archer, de magicien, de druide ou de guerrier est déjà tout tracé. Plus tard, quand l’équipe est au grand complet, vous pouvez certes choisir pour un héros en particulier d’améliorer certaines compétences (combat au corps à corps, combat à distance, magie naturelle, magie de guerre), mais les tâches et les fonctions de chacun sont vite déterminées : pour être totalement efficace, mieux vaut s’en tenir à une évolution « naturelle ».

Déception également au niveau des équipements. Dénichés en cours de quête ou achetés en magasins, les armes, les armures, les sorts, les potions et autres artefacts ne brillent pas par leur diversité, Diablo II étant bien plus généreux et original de ce point de vue. En revanche, Dungeon siege surpasse son concurrent question bestiaire, bien qu’on échappe pas aux impressions de déjà-vu.

On aurait donc apprécié qu’un minimum de variété soit appliquée à l’ensemble du jeu, finalement totalement linéaire et bien trop répétitif. Bel exploit technique en somme, mais question gameplay, c’est banal et plutôt léger. Néanmoins, nulle doute que les férus d’hack’n slash apprécieront.