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Le désert, thème retenu par la Fondation Cartier pour l’art contemporain, met face à face des photographies du xixe siècle et un ensemble de commandes à dix artistes contemporains.
Titouan Lamazou s’est rendu à Tombouctou, au Mali, emportant avec lui 72 photographies de Depardon sur lesquelles il a dessiné ses propres images du désert. Exposés comme un carnet de voyage, ces croquis à la peinture sont des sortes d’ornements poétiques des clichés photographiques où l’artiste se concentre autour de drapés, de petits détails et signes de vie.
Suit l’invitation au voyage du film Le Désert de Depardon. Le scénario, partant de la lutte pour l’indépendance et des conflits liés à la décolonisation, dérive vers des interrogations existentielles sur l’homme autour d’une liberté retrouvée. Le film, déjà très diffusé de Bill Viola, Chott el-Djerid, A portrait in light and heat de 1979, nous introduit dans un espace visuel et temporel disloqué, où se recomposent toujours à nouveau des formes, se mélangent encore les couleurs, spectacle émouvant de la chimie des mirages et des miroitements du désert.
On retrouve les projections plus grandes que nature de Beat Struli avec Alice to Uluru January ’00. La succession des images en fondu enchaîné nous fait parcourir les grandes étendues d’Alice springs et Ayers Rock Resort.
Enfin, avec la grande toile d’Anselm Kiefer, mélange de peinture, de terre, de collages d’escarpins comme laissés là par des femmes en fuite, s’incarne l’idée de la trace et de la disparition, du passage et de l’exode, dans le cadre imaginaire de la toile.

Dans un deuxième temps de l’exposition, on découvre des photos d’explorateurs, d’archéologues du xixe, quelques tirages de Clérambault, entre autres, mis en parallèle avec une vidéo réalisée par Michael Light, Drift 29 days, 18 hours, 2 minutes de 1999, montée à partir d’images d’archives de la Nasa du sol lunaire en ligne sur le site de La Fondation Cartier. Ces dernières oeuvres contrastent avec les images de William Eggleston des grands déserts et des villes du Sud-Ouest américain, où l’attention se porte sur des lieux désaffectés, hantés par le spectre de la ville. Et, dans un vis-à-vis singulier avec le travail d’Eggleston, est exposée ce qui parait être la pièce la plus originale de l’exposition, celle de Lara Baladi, photographe égyptienne, transformant le désert en une scène onirique, une grande mosaïque de photographies aux couleurs saturées, où se côtoient la Petite Sirène et Alice au Pays des merveilles dans un grand désert blanc.

Une dernière salle de projection a été installée pour deux autres films, celui de Andrei Ujica, nous ramenant à Pasolini et aux évangiles, et celui de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, Visioni del deserto, emprunté à un récit de voyage tourné dans le Sahara par une exploratrice française des années 20.