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Musicienne intimiste et pianiste intrigante, Sophia Domancich a toujours su mener une destinée musicale entourée d’un halo doucement feutré. Sans jamais tomber dans la redite pas plus que dans un jazz pré-mâché pour public sclérosé, elle a amené par sa pratique libre du post-bop une vague d’improvisation qui en a étonné plus d’un. Rencontre fugitive avant son concert solo à la Maroquinerie.


Back where we began

Mes débuts étaient au sein d’un groupe qui s’appelait Anaid… c’est bien de me rappeler cette époque car j’avais presque oublié ce groupe ! C’était évidemment les débuts de ma carrière de musicienne professionnelle ; j’avais rencontré ces musiciens par passion pour la musique qu’ils produisaient -ce qu’on appelait à l’époque la musique de Canterbury (les musiques influencées par Soft Machine, Hatfield and the North, etc. dans les années 70, ndlr). J’ai pu ainsi ensuite croiser des gens qui jouaient dans Soft Machine comme Elton Dean, saxophoniste, et former avec lui le groupe l’Equip Out avec Hugh Hopper à la basse et Pip Pyle à la batterie. Ils faisaient effectivement partie de cette école de Canterbury et je pense que c’était la musique qui m’a toujours le plus plu. J’ai commencé le piano relativement jeune, avec un parcours très normatif via le conservatoire de musique classique. J’ai ensuite glissé vers des choses plus originales, notamment lors d’ateliers autour de la musique improvisée. Ensuite, il y a une quinzaine d’années, j’ai rencontré des musiciens africains et antillais et j’ai fait beaucoup de musique antillaise à la Chapelle des Lombards, rue de Lappe, à Paris. Une musique festive, créée pour faire danser les gens. Ca me plaisait énormément.

Vers le jazz

Mon évolution vers le jazz vient de l’envie énorme qui m’habitait d’évoluer vers des musiques plus proches du genre. Il faut l’avouer, l’instrument qu’est le piano tendait obligatoirement vers cette expression musicale, au centre de mes préoccupations. Ma pratique du piano et l’intérêt que j’y porte m’ont donc naturellement amenée vers le jazz. L’intérêt n’est pas de jouer à tout prix de la musique. Ce qu’il faut, c’est se sentir à l’aise dans les schémas rythmiques, mélodiques. L’idée était aussi pour moi de retourner vers un univers plus acoustique.

Formations

Ca fait trois ans que je fais du piano solo en concert. J’ai commencé à l’étranger puis dans des festivals en France. Mon travail en trio remonte à huit ans et il est évidemment plus connu mais ça n’induit pas une préférence pour cette forme. J’aime passer d’une formation à une autre. Mon expérience avec le big band de l’ONJ par exemple a apporté un changement radical très intéressant. Il est par contre évident que les projets où je suis « responsable » sont les plus passionnants mais j’aime jouer dans d’autres groupes comme actuellement dans le quartet d’Eric Barré avec Ricardo Denfra et Simon Goubert et dans le quartet de Simon Goubert avec Michel Zenino et Yannick Rieu. Je continue aussi à travailler avec Didier Levallet que j’ai rencontré dans l’ONJ et qui forme bientôt lui aussi un quartet.

ONJ

Didier Levallet m’avait choisi pour l’Orchestre national de jazz, après avoir déposé son projet. C’était une très bonne expérience et la rencontre avec Didier était formidable. Le big band, c’est aussi une formation très intéressante, surtout quand il est un peu « expérimental », comme c’était le cas. Il était en marge, avec des musiciens comme Ramon Lopez par exemple qui vient de la musique improvisée. C’était assez loin du jazz en fait, comme souvent ce qu’écrit Didier.

Evolution

Première étape importante : la rencontre avec les musiciens anglais. D’ailleurs, je ne les ai jamais complètement oubliés. On ne s’est pas perdus de vue avec Elton Dean ou Hugh Hopper. J’ai aussi fait un disque il y a quatre ans, Songs, avec John Greaves. Robert Wyatt était lui aussi présent. Ensuite, les débuts du trio ont été déterminants puisqu’il s’agissait de mes débuts de compositions en dehors d’un esprit collectif de groupe. Ca change beaucoup plus de choses qu’on ne peut l’imaginer ! Ca oblige à mettre les idées au clair et à prendre des risques, des responsabilités. Enfin le début des concerts en solo puis la période ONJ.

Lydia

Ma sœur Lydia est très active aussi, mais elle fait moins de concerts car elle a beaucoup plus de projets, plus d’albums à faire. Elle est sûrement plus éclectique, notamment dans des projets de poésie, de ballets… Ce n’est pas le même choix musicalement mais on a énormément de choses en commun, comme beaucoup de musiciens de toute façon. On est très proches. Elle a commencé le piano, et comme il y avait ce piano dans la maison, je m’y suis mise à mon tour, dans le rôle de la petite soeur ! Chacun de nos projets de toute façon passe par nous deux. C’est vrai aussi qu’elle a une affection particulière pour la voix que je n’ai peut-être pas. J’ai fait une chanson, sur mon premier disque, L’Année des Treize Lunes, dédiée à John Greaves et chantée par lui. J’aime beaucoup la voix mais je n’ai bizarrement pas envie de travailler avec.

Solo

Je joue à Rome le mois prochain et puis quelques concerts solo prévus à la rentrée… Mais en même temps j’aime bien jouer avec des gens. C’est autre chose et parfois on se sent énormément seule sur scène. Même avec le public, c’est dur ! Comme je le conçois en plus, ça se construit au fur et à mesure, donc c’est sur la corde raide. Ca se passe la plupart du temps parfaitement bien mais c’est très dangereux et mystérieux. Je veux que ça le reste d’ailleurs mais c’est pas si facile à assumer finalement.

Propos recueillis par

Lire notre critique de Rêves familiers de Sophia Domancich
Voir chez Gimini Music pour connaître les dates et les lieux des prochaines représentations…