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Dans la salle presse d’un distributeur de disque de Pigalle, rencontre printanière avec les quatre membres de Mùm, nouvelle sensation islandaise dont le deuxième album pourrait très bien être la musique d’un conte de fée.

Chronic’art : Quelle est l’histoire de ce deuxième album ?

Mùm : Certaines de ces chansons datent de l’époque où nous avons formé le groupe, il y a environ trois ans et demi. Nous avons donc mis du temps à peaufiner cet album.

Pour quelles raisons avez-vous formé Mùm ?

Non, on jouait tous de la musique depuis qu’on est jeune et on voulait plutôt essayer quelque chose de différent de ce qui se fait déjà en Islande. Les éléments visuels sont très importants. Il faut avoir une imagination très active. Nous voulons que les gens voyagent avec notre musique.

Votre musique est-elle en relation avec votre environnement ?

Pour les étrangers, le paysage islandais est seulement constitué de volcans et de glaciers. C’est tout. Petits, on jouait pourtant dans les forêts. Il existe d’autres choses en Islande que notre musique développe de manière imaginaire.

Comment avez-vous rencontré les gens de Fat Cat ?

Ils sont venus nous voir alors que nous enregistrions notre premier album. Ils étaient à Reykjavik pour l’enregistrement du disque de Sigur Ros. On leur a donné une cassette de démos. Ensuite, après la sortie de notre premier album, on a commencé à les connaître. D’une certaine manière, nous avons des goûts identiques. C’était donc logique qu’ils publient nos morceaux. Notre premier album était paru sur un label islandais. Leur attitude vis-à-vis de la musique reste très saine. Notre premier label n’avait pas la même attitude.

Vous travaillez à la maison ?

Oui, d’une certaine manière, nous élaborons notre musique d’abord chez nous, c’est mieux. Ensuite, nous allons en studio. On essaye de combiner les enregistrements lo-fi avec la technologie du studio.

Comment expliquer cette prolixité de groupes islandais ?

Les Islandais ont confiance en eux et en ce qu’ils font. Ils travaillent dur également, c’est que nous faisons. Il existe beaucoup de créativité en Islande.

Comment est perçue votre musique en Islande ?

Il n’existe pas de public important pour la musique électronique. Nos disques ne passent pas à la radio. Mais la Radio Nationale utilise notre musique pour illustrer des feuilletons radiophoniques. L’autre jour, je regardais la télévision et il y avait ce documentaire sur les moines bouddhistes anglais qui vivent en Islande depuis trois ans. Notre musique illustrait ce documentaire. On reçoit aussi des offres pour collaborer avec d’autres artistes.

Ce disque est intemporel. Il aurait pu être fait, il y a dix ans ou dans dix ans. Comment atteignez-vous cela ?

Nous concilions différents projets. Ils paraissent sous des formes différentes. Comme ce que nous avons publié sur Morr Music. On en veut pas se cantonner à un certain type de musique car ça nous restreindrait.
D’où provient la sensibilité pop que l’on entend notamment sur Green grass of tunnel ? Est-elle innée ou l’avez-vous cultivée à l’écoute de certaines sucreries sixties ?

Pour nous, ça semble naturel. Mais bien entendu, nous avons écouté toute cette musique pop classique. Je pense que nous travaillons peut-être avec quelque chose de vieux que nous jouons différemment, avec une certaine fraîcheur et candeur. Les éléments en eux-mêmes ne sont pas nouveaux mais confrontés à notre vision, ils le deviennent en quelque sorte. Ca a peut-être à voir avec la manière dont nous appréhendons la musique. Je n’aime pas dire que je n’aime pas le hip-hop ou la pop. On peut toujours y trouver de bonnes choses. Il ne faut pas avoir de préjugés musicaux, il ne faut pas catégoriser les genres.

Comment expliquez-vous cette créativité liée à l’Islande ou à la Scandinavie ?

D’une certaine manière, les hivers sont plus longs, nous ne sommes pas dehors tout le temps, nous manquons de soleil… Je ne pense pas que cela ait affecté Mùm mais en Scandinavie, l’expression artistique est fortement encouragée par le gouvernement. Au Danemark notamment. En Islande, ce n’est pas la même chose. Ils essaient maintenant d’encourager la création. Mais les artistes islandais ne doivent rien au gouvernement. Ils sont indépendants.

Comment vos parents ou les générations aînés perçoivent-ils votre musique ?

Ils nous encouragent et il me semble que c’est grâce à Björk et Sigur Ros que la musique est devenue plus facile et plus simple à accepter, même si parfois notre musique est peu orthodoxe. Ils comprennent que des étrangers puissent l’apprécier. On est confiants et les Islandais ont aujourd’hui intégré le fait que l’on puisse vivre de sa musique. Ils nous soutiennent.

Avez-vous exploré d’autres territoires musicaux, plus rock ?

Avant Mùm, on formait un groupe plus dur. On faisait parfois de la musique qui ne ressemble pas à celle de Mùm. On a ainsi expérimenté le hip-hop et d’autres genres… C’est chouette de s’exprimer musicalement. Il est bon d’essayer de s’exprimer de différentes manières.

« Mùm » a-t-il une signification particulière ?

Non, c’était juste une de nos chansons à l’origine. On a ensuite découvert que ça avait une signification particulière en anglais. Le ‘ù’ du milieu est une lettre islandaise assez douce, un peu comme notre musique.
Vous sentez vous proches de certains artistes en particulier ?

Oui, des artistes de Morr Music et d’autres artistes islandais. Surtout du collectif Kitchen Motors. Ils ont plusieurs groupes et organisent des festivals un peu partout. C’est ainsi que l’on a rencontré notre batteur finlandais. On vient aussi de rencontrer un poète islandais et sa femme et il se peut que nous mettions en musique sa poésie…

Avez-vous reçu des récompenses en Islande ?

Oui, celle de meilleur nouveau groupe. C’était marrant d’être reconnu par nos pairs.

Se passe-t-il des choses intéressantes en dehors de Reykjavik ?

Il existe des personnes impliquées un peu partout. Il y a ce type que l’on connaît qui habite dans un tout petit village isolé qui a son propre label. Il presse seulement 25 copies de chaque disque : 2 pour la promo et 23 pour la vente. Il vient à Reykjavik tous les deux mois et dépose les disques dans les magasins de disque. Il vit dans une vallée reculée où le soleil ne vient pratiquement jamais en hiver. Nous avons joué une fois là-bas, c’est très étrange.

En Islande, vous avez encore des bases américaines de l’OTAN. Votre génération l’accepte t-elle ?

Relativement. Il y a eu beaucoup de manifestations par le passé. Mais maintenant, c’est accepté. En ce qui nous concerne, on trouve ridicule le fait d’avoir une armée en Islande. Nous devrions être fier sans armée. Il y a cette organisation assez active qui veut que ces bases soient démantelées. Nos amis y participent. Nous les soutenons. Il y a une conférence de l’OTAN ce mois-ci (mai 2002, ndlr) et nous allons essayer de monter une contre-conférence avec des gens de notre génération.

Il apparaît toutefois que la situation socio-économique est très bonne… N’est-ce pas ?

Oui, la pauvreté n’existe quasiment pas. Mais cependant, au regard du niveau de vie et de la richesse de notre pays, on devrait même faire plus pour l’éradiquer totalement. C’est difficile. Certaines personnes n’ont évidemment pas leur part de la répartition richesses et des bénéfices sociaux, contrairement à d’autres pays scandinaves. Notre gouvernement reste très libéral.

Vous ne prenez pas d’engagement politique avec votre musique ?

Non pas vraiment, mais je pense qu’elle dit « peace » ! (rires)

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Finally we are no one