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Niki Colk, chanteuse du groupe Kaïto reçoit dans le petit salon des anciens bureaux de Labels, derrière une frange noire corbeau et une bordée de badges punk-rock (Gang of Four, The Fall). Bavarde et amicale, très loin de la petite teigne en furie qui hurle et trépigne sur le premier album de Kaïto, Band red. Et pourtant…

Chronic’art : Vous venez de Brighton, mais ne sonnez pas vraiment comme un groupe anglais…

Niki Colk : Oui, sans doute parce qu’on a beaucoup tourné aux Etats-Unis depuis deux ans, à Seattle, San Francisco, New York, et que ça nous a influencé : les climats, les ambiances, les rencontres qu’on a fait là-bas. Par ailleurs, on a commencé la musique en étant inspiré par des groupes américains, comme Sonic Youth. Le côté bruitiste vient aussi du fait qu’on a beaucoup joué avec nos limites en tant que musiciens, sur des instruments désaccordés ou de mauvaise qualité. Et aussi à cause de notre budget d’enregistrement, qui n’était pas lourd.

Vous avez joué avec beaucoup de groupes américains ?

Oui, les Liars, Yeah Yeah Yeahs, The Rapture… On s’est très bien entendus avec les Liars, avec qui on se sent très proches. Ils sont honnêtes, ils prennent des risques, en sortant un deuxième album difficile… C’était un honneur pour nous, venus de l’underground anglais, de jouer avec tous ces très bons groupes.

Ils sont tous sur des majors maintenant…

Nous aussi. Mais c’est sans doute plus dur pour un groupe anglais comme nous de s’imposer en Angleterre, où les gens sont plus fans de Coldplay que des Yeah Yeah Yeahs. En ce moment, la tendance est aux groupes qui font du bruit, qui jouent fort, et je suis contente de voir que le « bruit blanc » touche un public de plus en plus large. Il n’empêche qu’ on est aujourd’hui plus underground en Angleterre qu’aux Etats-Unis.

Les New-yorkais forment vraiment une scène et sont très liés, ce qui n’est pas le cas avec la plupart des groupes anglais. Même si nous nous entendons très bien avec certains d’entre eux, comme Electrelane, qui sont de Brighton aussi, et avec qui on a joué dans les « ladiesfest », même si on n’est pas vraiment un groupe féministe…

Le single, Should I, m’a fait cependant penser à Her Jazz de Huggy Bear ?

On adore ce groupe, et Bikini Kill, Comet Gain, la scène d’Olympia, etc. Mais on n’est pas vraiment affiliés à un courant musical ou politique, comme les riot grrls… Ca fait assez longtemps qu’on tourne pour qu’on ne ressente plus nos influences je crois. Et en tant que groupe, chacun nourrit le travail collectif de ses goûts particuliers.
Comment travaillez-vous ? Il y a des interactions entre les différentes voix, le disque sonne vraiment comme un travail collectif…

Oui, tout le monde participe dans le groupe. On a un peu peur du silence, je crois (rires), alors, on remplit les chansons avec pleins d’éléments sonores différents. L’album a aussi été enregistré très rapidement, avec de vrais parties en live, ce qui explique le côté spontané, les cris, les onomatopées, les guitares très instinctives… On est content cependant d’avoir trouvé notre son, malgré des conditions d’enregistrement très cheap : les sons de guitare ont été trouvés accidentellement, et on a fait saturer de vieux micros, que je collectionne, pour tirer parti au maximum des conditions d’enregistrement. On ne voulait pas avoir un gros son, trop propre, et on ne voulait pas non plus d’un album lo-fi, qui sonnerait cheap. On n’a pas choisi d’être lo-fi, c’est juste arrivé comme ça. On était contents aussi d’enregistrer plus ou moins chez nous, dans un endroit familier, avec des gens qu’on aime bien. Ce disque n’est peut-être pas très conventionnel, mais ça nous ressemble, je crois.

Comment avez-vous choisi ce nom, Kaïto ?

C’est un mot chinois. On ne voulait pas avoir un nom de groupe, parce que les noms de groupe sont trop signifiant, ils enferment le groupe dans une signification, qui n’a parfois rien à voir avec leur musique. Pour certains groupes, c’est légitime, comme Gang Of Four, par exemple, quatre types qui forment un gang, mais on trouvait nous qu’un prénom serait pas mal, que ça rendrait le groupe plus attachant, et que ça créerait une identité supplémentaire. Les gens croient parfois qu’on est un groupe japonais.

Kaïto pourrait être une personnalité imaginaire ?

Absolument. Notre son a une personnalité, et il grandit, un peu comme un enfant…

Je vois que tu as un badge de The Fall…

Je suis fan de Mark E.Smith. Je l’ai revu en concert récemment, ça m’a fait très plaisir. Mais il n’a pas changé : tout le monde, dans la salle, avait peur de lui, de l’ingénieur du son au groupe tout entier, qui avait peur de la moindre fausse note. Pour nous qui jouons dans un groupe totalement démocratique, ça fait très bizarre de voir un chanteur si dictatorial. C’est le boss (rires). C’est ce qui le rend attachant aussi. On a l’impression qu’il se fout de tout, qu’il fait vraiment ce qu’il veut, c’est pourquoi il est une figure si cool en Angleterre. Un mélange de totale liberté et de total contrôle.

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Band red