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4
sur 5

Venus de Brighton (comme Electrelane, que se passe-t-il dans cette ville ?), les membres de Kaïto ont dessiné à grands traits de guitares saturées et d’adrénaline adolescente un premier album cool et furieux, Band red : brûlot pop-punk bruyant mais fourré de mélodies marquantes, porté par l’incendiaire single Should I, mélange de Her Jazz des riot grrrls Huggy Bear et d’un incunable de Sonic Youth, agrémenté de perturbations soniques que ne renieraient pas les Liars. Les fieffés New-yorkais ont d’ailleurs adoubés le quatuor anglais lors de tournées communes et tapageuses aux Etats-Unis. Même utilisation psychogène de la saturation crado.

Reprenant aux meilleurs Pixies une tendance aux variations calme-tempête-descentes-montées et aux cris dans le studio, Kaïto juxtapose en collectif animal distorsions cheap, batteries sales et brouhahas primates. Plus cultivée que naturelle, sa brutalité s’orne de lyrics nonsensiques, d’onomatopées énergétiques, braillées par une Niki Colk sous amphétes : belle manière de faire fructifier à coup de cris la dynamique naturelle de morceaux plus compliqués q’ils n’y paraissent (panoramiques, choeurs intempestifs, inserts bruitistes). Les guitares open-tunées et les constructions déstructurées évoquent autant la scène punk new-yorkaise que Deerhoof et les riot grrls les plus radicales. Une sorte de beauté convulsive qui s’exprime en douceur sur la ballade Nothin new, dont le mélodica et la répétitivité tranquille évoquent les obsessifs Clinic. Avec ses lyrics sexués et borderline, le speed des Buzzcocks oxydé à la voix de petite fille agitée de Niki Colk, Band red dessine finalement le portrait d’une amie imaginaire qui pourrait bien se prénommer Kaïto, quelque part entre Araki punk et Fuli kuli anglais.

Pour conclure, par feignantise, et parce qu’on a affaire là à un des meilleurs journaliste rock du monde, on citera Stevie Chick du magazine Careless Talk Costs Lives à propos de Kaïto en live : « Un des groupes bizarres les plus crédibles lorsqu’il s’agit de désaccorder et d’abuser de fort belle manière de ses guitares. Des chansons imprégnées de sexe et de folie, cool comme Elastica mais complètement hors mode, barré, faisant voler en éclat le concept pop tel qu’on le connaît. Kaito met en forme le chaos et capture l’incroyable beauté à l’instant T du big bang » (Stevie Chick – CTCL, août 2003). Rien à ajouter.