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Françoiz Breut revient avec nous sur la création de son deuxième album, De vingt à trente mille jours. Vingt à trente mille jours, c’est le temps d’une vie. On mesure l’opportunité du titre de ce nouveau disque au moment où, de son aveu même, la vie de Françoiz Breut semble repartir de zéro, avec une naissance récente, un déménagement à Paris, et donc ce nouvel album.


Chronic’art : Sur cet album, tu n’as écrit aucune chanson. Jusqu’à quel point t’es-tu appropriée celles qu’on a écrites pour toi ?

Oui, je suis encore une vraie handicapée à ce niveau-là (rires). Pendant quelque temps, j’ai écrit des petits bouts de textes, des idées, des thèmes sur un carnet de notes que j’ai donné à Dominique [A] pour qu’il s’en inspire, mais ça n’a pas marché, il n’a rien pu en tirer. Finalement j’ai choisi parmi les propositions qu’il m’a faites, avec les autres (Yann Tiersen, Jerôme Minière, Calexico), à qui j’avais demandé d’écrire librement pour moi. Il n’y a qu’à Philippe Katerine que j’ai donné un thème, en fait le titre de la chanson, L’Origine du monde, suite à une émission de radio qui parlait du tableau de Courbet. J’ai évidemment choisi les chansons dont je me sentais le plus proche à ce moment-là, celles qui reflétaient ce que je vivais à l’époque. En ce sens, elles ne dressent pas vraiment un portrait de ce que je suis, parce la personnalité se transforme sans cesse, mais elles sont une photographie assez juste de ce que je vivais à l’époque, de mon état d’esprit. Mais je ne peux pas trop en parler, elles sont soumises maintenant à l’interprétation de chacun.

Par rapport à ton premier album, c’est un disque plus contrasté, plus varié.

Oui, je voulais ce contraste, avec une variété de rythmes, d’atmosphères. Mais en même temps, c’est toujours la même chose qui m’intéresse, les chansons tristes, les chansons d’amour. Parler de séparation, d’échec amoureux, c’était aussi en rapport avec ce que je vivais. Mais j’espère que les gens ne vont pas prendre ce disque seulement comme une série de chansons mélancoliques. La chanson de Katerine tranche avec le reste, c’est vrai que j’ai une voix plus enjouée, mais en même temps, ce n’est pas celle que je pense avoir le mieux réussie. Je me sens mieux avec les chansons tristes, qui correspondent plus à mon timbre.

Justement, je trouve ta voix moins tranchante, moins sèche que sur le premier album. Tu es plus détendue ?

C’est l’âge, j’ai vieilli (rires). C’est vrai que je trouve ma voix très hachée, en fait très scolaire, sur ce disque. Mais c’était plus un manque d’habitude, le peu de répétitions, je manquais d’assurance, c’est tout. En réécoutant des versions live de ces morceaux, on sent bien la différence, le chant est plus harmonieux, plus fluide.

Il y avait aussi ce ton typique des groupes Lithium, un peu accusateur, inconfortable, qui semble s’être atténué…

C’est vrai. Pour ce nouvel album, je voulais éviter ce ton, cette manière de montrer du doigt les défauts des gens, qu’on retrouve chez Dominique ou Mendelson. Je parle de choses plus personnelles, d’histoires de couples, de choses comme ça, je ne veux pas porter de jugement sur les gens et la vie qu’ils mènent.

Comment s’est passé l’enregistrement ?

On est parti de maquettes, parfois jouées juste à la guitare, sauf pour Katerine, qui est venu à la maison me pousser sa chansonnette. J’ai choisi les morceaux, puis on a répété chez moi quelque temps en formation réduite, et puis on a été dans le studio de Deus, en Espagne, pour enregistrer. Dominique faisait le lien avec les différents musiciens, mais ce sont des gens qu’on connaissait depuis longtemps, donc ça s’est bien passé Pour la production, on cherchait un Américain, et puis finalement on a demandé à Fabrice Laureau, parce que je suis fan de l’album de Herman Düne, qu’il avait produit. Mais le son de l’album est quand même très différent, moins sec. J’ai voulu ajouter des cordes, en pensant au deuxième album des Tindersticks, que j’adore. On a fredonné nos mélodies à Pierre Bondu, Yann Tiersen et Fabrice d’Autour de Lucie, et ils ont écrit les partitions pour un orchestre de Budapest, parce que c’était moins cher. On a vu nos petites mélodies devenir des mouvements de cordes, c’était magique, j’en ai encore des frissons.

Il y a des thèmes récurrents dans tes chansons : le départ, le voyage…

Oui, c’est l’histoire de toute ma vie : vivre dans une ville, la quitter, tout recommencer de zéro… C’était déjà le thème de la chanson Le Don d’ubiquité, dans le premier album. Pourtant, je ne suis pas quelqu’un qui fuit la réalité, je suis juste toujours sur le départ, toujours en voyage. Et j’idéalise pas mal ça : quand on part, on a toujours plein d’espoirs…

Tu vas faire des concerts ? Tu as d’autres projets ?

Oui, il y aura une tournée, avec Dominique, son guitariste, Stéphane de Purr à la basse et Sacha Toorop à la batterie, avec qui on tourne depuis longtemps. Et aussi une exposition itinérante de mes dessins : ce sera une installation avec des livres-objets de dessins pour enfants, que l’on pourra consulter tout en écoutant les chansons. C’est l’Olympic [tourneur nantais] qui va s’en occuper. Je crois que je fais des dessins et de la chanson parce que je n’arrive pas vraiment à m’exprimer autrement. J’ai du mal à parler de mon travail. Mais j’aimerais bien être une grande oratrice…

Propos recueillis par

Lire notre critique de Vingt à trente mille jours