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Toulouse a reconverti ses abattoirs en un centre culturel exceptionnel qui réunit le musée municipal d’Art moderne, le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) et le Centre d’art. Une idée simple mais unique, permettant d’appréhender en un seul lieu les créations modernes, contemporaines et actuelles.

Ville traversée par la Garonne, Toulouse mise depuis une dizaine d’années sur sa rive gauche, y établissant un théâtre, un Zénith, une galerie de photographies et un musée de l’Affiche. La culture a investi les lieux et les quelque 110 000 étudiants qui « occupent » Toulouse depuis longtemps doivent s’en réjouir. Les Abattoirs dont les bâtiments furent construits en 1827 sur les bords du fleuve, côté rive gauche, devraient devenir, lors de leur ouverture courant juin, un lieu particulièrement vivant de cet ensemble culturel. Cet espace abrite 2 679 m2 réservés aux collections et accueille une médiathèque -avec bibliothèque et salle multimédia, un service de documentation, un service éducatif, un atelier pour enfants, un auditorium dans lequel sont prévus des conférences, des projections et des concerts, et bien sûr, une librairie et un café-restaurant.

L’ensemble se trouve distribué sur les différents bâtiments qui composent le site, à commencer par la grande halle, corps central des Abattoirs dont le plan de la nef, conçu au XIXe siècle par Urbain Vitry, se superpose très exactement à celui de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Un édifice chargé d’histoire puisqu’il a accueilli d’innombrables pèlerins en route vers Compostelle (la basilique reste d’ailleurs aujourd’hui, depuis la destruction de l’abbaye de Cluny, le plus grand édifice roman). Dans ce bâtiment, les collections s’exposent sur trois niveaux : un vaste rez-de-chaussée, un premier étage en mezzanine et un sous-sol creusé à presque 11 mètres sous terre afin d’abriter un rideau de scène réalisé par Picasso pour la pièce de Romain Rolland, Le 14 juillet et offert à la Ville par l’artiste. Cette œuvre conservée jusqu’à présent, du fait de sa taille, roulée et dans des conditions peu favorables à sa conservation, se retrouve ici bichonnée par un appareillage qui la maintient, 6 mois dans l’année, sur un plan incliné. Afin d’éviter les tensions de la fibre, dans l’obscurité et à une température constante de 25°. A aucun moment le visiteur de cet espace en sous-sol (dédié également à la galerie contemporaine) ne se rend compte qu’il se trouve aussi profondément enterré, le lieu étant baigné de lumière par de larges puits.

Grâce à la réunion des trois institutions en un même lieu, Les Abattoirs vont pouvoir offrir aux visiteurs le fonds du musée d’Art moderne qui concerne essentiellement des œuvres des années 50 -abstraction lyrique, Cobra ou art brut- avec un choix volontaire porté sur les artistes hispaniques, italiens et du sud de la France. Les collections du FRAC complètent celles du musée afin de parcourir toute la seconde moitié du XXe siècle. Quant au Centre d’art, il s’oriente vers la création actuelle et sa diffusion. A ces collections s’ajoutent celles des dépôts et donations Anthony Denney -50 oeuvres- et Daniel Cordier -393 pièces. Toutes ces collections assemblées représentent un ensemble de 2 000 œuvres, peintures, photographies, dessins, gravures ainsi que quelques installations et sculptures. Le conservateur le reconnaît : le choix d’une collection allant essentiellement vers les tendances informelles et vers des créations méditerranéennes, représente à la fois une force et une faiblesse. Le fonds bénéficie d’une forte cohérence mais pâtit de lacunes empêchant un accrochage représentatif de l’évolution des courants artistiques. Ainsi, le parcours doit plutôt privilégier des affinités stylistiques.

Pour son exposition d’inauguration, Les Abattoirs ont choisi le thème de l’oeuvre collective non seulement parce qu’il s’agit d’une tendance dans la manière de travailler des artistes aujourd’hui, mais aussi parce que c’est une manière d’annoncer « la ligne de conduite » que comptent bien suivre les acteurs de ce tout nouveau centre culturel : celle de partenariats constants avec les autres relais de création et de diffusion de la région Midi-Pyrénées. Ainsi Albi, Castres, Saint-Gaudens, Lectoure, Pau et différents lieux toulousains font de cette exposition œuvre collective. Un beau parcours à suivre dans le Sud-Ouest en quelque sorte.

Les Abattoirs
76, allées Charles-de-Fitte – Toulouse (31)
Renseignements : 05 62 48 58 00
Prochainement en ligne, le site Web http://www.lesabattoirs.org