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Les Chicks On Speed -Melissa Logan (New York), Alex Murray-Leslie (Sydney) et Kiki Moorse (Munich)- ont sorti, après une série de singles remarqués par la presse anglaise, l’album Chicks on speed will save us all. S’y retrouve la fine fleur des producteurs européens, de DJ Hell à DMX Krew, pour treize titres electro flirtant avec le punk riot grrrls, entre God Is My Co-Pilot et David Carretta. Rencontre avec Melissa et Alex.


Chronic’art : Je voudrais d’abord vous poser une question à propos de votre nom, Chicks On Speed. Il paraît que c’est le nom que quelqu’un vous a donné en vous voyant peindre, parce que vous travaillez vite. C’est vrai ?

Alex Murray-Leslie : En fait, à Munich, nous étions dans une école d’art, et les derniers jours de l’année, nous avons dû produire nos travaux artistiques pour une exposition dans une banque. Sachant que plus nous montrions de travaux, plus nous pouvions gagner d’argent, nous avons peint environ trente toiles en une nuit. Mais nous n’étions pas sous speed ! Après, nous avons dû trouver un nom d’artistes, et nous avons pensé à Chicks On Speed. Le projet musical a commencé quand nous avons sorti cette cassette, I wanna be a DJ baby, qui était un collage des morceaux de musiciens que nous aimions bien, réalisé avec deux magnétophones. Ce qui est drôle, c’est que nous travaillons maintenant avec certains d’entre eux, comme DJ Hell, Ramon Bauer ou DMX Krew. Avec la cassette, il y avait une boîte contenant tous les produits dérivés habituels du merchandising musical, tee-shirts, badges, et une interview que nous avions écrite nous-mêmes.

Aujourd’hui, les Chicks On Speed sont encore un projet artistique ou un véritable groupe ?

Non, on ne pourra jamais être un véritable groupe. On n’est pas des musiciennes, on se contente d’apporter des idées et il y a des gens comme Gerhard Potuznik ou Tobi Neumann qui font de la musique pour nous. Je ne veux même pas penser à créer de la musique, c’est trop rigide pour moi. Je préfère avoir des idées et les faire réaliser par d’autres. Ce qu’on amène, musicalement, ce sont nos textes et nos voix, en essayant de toujours mélanger nos différents apports, afin qu’il n’y ait pas de leader apparent. Ainsi, on chante souvent à trois voix, comme un monstre à trois têtes.

Vous faites de la musique, des produits dérivés, des vêtements, des événements artistiques, il y a un site Internet, avez-vous l’ambition de produire un « art total » ?

Oui, nous avons envie d’aborder tous les aspects de la création et de ce qui va avec. Nous sommes en compétition avec le « big business ». Nous voulons forger une globalisation qui soit mieux que la globalisation. Les grandes compagnies comme Macintosh ou Adidas produisent la plupart des idées et des stéréotypes culturels d’aujourd’hui, et nous voulons les concurrencer, en étant plus rapides qu’eux. Par exemple, pour la mode, si vous avez une idée de ligne de vêtements, les designers vous la piquent en cinq minutes, alors, dès que nous avons une idée, nous la montrons immédiatement, pour que cette récupération n’arrive pas. Sur scène, nous vendons nos disques, nos vêtements, nos dessins, c’est comme une micro-économie, nous sommes de plus en plus des business-women.

Vous voulez critiquer la société de consommation ?

L’idée n’est pas forcément de critiquer la société de consommation, mais d’apporter une certaine confusion, et une réelle proximité avec les gens, en coupant les intermédiaires, et en faisant tout nous-mêmes. On se situe dans la tradition du situationnisme. Pour nos derniers concerts, on a créé des robes en papier à partir d’articles de presse qui ont été écrits sur nous, qui sont devenus nos produits en quelque sorte. Nous avons rencontré des journalistes au Festival Sonar, qui ont vu leurs articles sur nos robes, et qui étaient très fiers. Les pauvres !

Melissa Logan : Beaucoup de musiciens ont peur des journalistes et de ce qu’ils peuvent écrire sur eux. Nous, nous avons voulu avoir le dernier mot sur les journalistes. Cependant, ils vont peut-être écrire sur nos robes, et avoir encore le dernier mot. Une revue anglaise nous a demandé de préparer une page pour un numéro anniversaire, et nous avons fait une page entière de publicités pour nos amis, comme le label viennois Angelika Koehlermann. Mais ils n’ont pas tout imprimé, c’était trop pour eux !

Kim Gordon disait dans les années 80 que les gens venaient aux concerts pour voir d’autres gens qui avaient confiance en eux, qui croyaient en ce qu’ils faisaient. Qu’en pensez-vous ?

En concert, nous voulons provoquer des émotions, une communication entre le groupe et le public, faire réagir les gens. Nous projetons de donner un concert interminable, qui durerait des heures, et qui obligerait les gens à prendre la décision de quitter la salle. Nous aimerions aussi organiser un concert avec un son très bas, répéter les chansons afin de créer un sentiment de monotonie. Hier soir, nous avons fini le show par ce long instrumental, Pedstang[re]issue, debout, immobiles, sur scène, sans dire un mot…

Votre l’album s’intitule Chicks on speed will save us all. Provoquer la réaction du public, en concert, est-ce une manière de le sauver ?

Je ne sais pas, je préfère les interactions dans la rue, les véritables rencontres de la vie quotidienne. En concert, ça reste un show à sens unique. Nous avons essayé d’organiser des actions dans la rue, en proposant à des inconnus d’écouter une cassette de notre musique, par exemple. Nous avions installé une table devant un magasin de disques techno, où nous vendions des tee-shirts, ces cassettes tirées à cinq exemplaires… C’est ce que montait Malcolm McLaren, lorsqu’il allait dans des magasins d’alimentation et donnait les produits en rayon aux gens qui passaient. L’attitude punk est aussi une influence. J’adore les Slits, par exemple, elles jouent sur l’imagerie de la star en faisant une musique complètement non mélodique, elles sont incroyables.

Essayez-vous de créer une nouvelle forme d’attitude ?

On sait à long terme ce qu’on veut faire, mais on agit au coup par coup, sans vraiment réfléchir. On a les bases de notre action, mais les détails peuvent changer. On prétend qu’on a une stratégie commerciale, mais c’est plus pour épater les journalistes du NME !

Propos recueillis par et

Lire notre compte-rendu du live du 20 juin 2000 (Paris)
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Pour les contacter :
A écouter : Chicks On Speed will save us all (COS Records/Pias), Unreleased (COS Records/Import)