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2
sur 5

Adaptation d’une oeuvre pionnière de Rice Burroughs, laquelle aurait posé, dit-on, il y a pile un siècle, toutes les bases de la SF, John Carter avait largement de quoi intriguer. D’autant que le film signait un autre retour, celui d’Andrew Stanton, réalisateur de WALL.E, pour son premier film in real life, en potentiel artisan d’un hommage à la hauteur de ce chaînon 0 de l’héroïsme SF. Aventurier solitaire pris entre deux feux pendant la Guerre de Sécession, Carter tombe sur un artefact qui le téléporte mystérieusement sur Mars. Le héros, augmenté de pouvoirs surhumains (non soumis à la gravité martienne, il peut faire des bonds de géant), se retrouve au milieu d’une autre guerre, cette fois entre deux factions extraterrestres dont chacune va tenter de le rallier à sa cause. Au terme de deux (longues) heures, John Carter fait surtout l’effet d’un rendez-vous raté.

Comme beaucoup d’entreprises trop ambitieuses, le film aurait presque pu s’en tenir à son introduction, d’autant qu’elle est assez remarquable. Pendant un moment, le film impose un rythme grâce à son identité bigarrée, entre western et blockbuster extraterrestre. La découverte de Mars par Carter, succédant à une scène de chevauchée dans le désert, fait preuve d’une intelligence rare. L’intuition de Stanton, qui consiste à faire coïncider visions fordiennes de l’espace terrien et premiers pas sur Mars, est d’autant plus saisissante qu’il s’en tient à une concision absolue (à l’inverse du reste du film), misant sur une poignée de judicieux raccords. Avec cette idée de faire basculer, en quelques points de montage, les mondes et les genres, c’est le mythe de la Frontière qui se paye un voyage sur Mars. Ce thème, si cher au cinéma d’expansion SF et récemment réactivé par Avatar – auquel John Carter renvoie un peu trop visiblement – trouve dans ces quelques scènes d’exploration pionnière un second souffle, rappelant également la virtuosité qui animait la première heure de WALL.E.

Cette nouvelle Frontière ne dépassera malheureusement pas le cadre de son décor. D’une durée rédhibitoire, John Carter loupe, et de loin, son rêve de nouvelle saga populaire. Collé aux basques de Cameron et Lucas, Stanton semble ne trouver d’autre option que d’étaler ensuite tous les poncifs du cahier des charges exotique : faune et autochtones sans âmes, scène de batailles homériques dans des paysages écrasants, caution sentimentale falote, laideur du moindre effet. Conjuguant lourdement allégeance aux classiques (le gigantisme à la David Lean) et clins d’oeils aux modernes (pas les moins périssables : Stargate, La Momie), le film finit par s’effondrer de lui-même. Là où WALL.E faisait rapidement oublier son statut numérique, John Carter évoque l’exact contraire : un film écrasé sous les effets et qui ne laisse aucune respiration à ses images formatées. Bilan d’autant plus triste que le charisme naturel de Taylor Kitsch, belle découverte issue de Friday night lights, s’avère incapable au final de tirer son épingle du jeu. Autant dire qu’on n’est guère encouragé à reprendre des nouvelles de ce qui s’annonce, on s’en serait douté, comme une trilogie.