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Le film jeunesse de la semaine, une supernova dans la constellation de la lobotomie heureuse. Et un double retour pour Luc Besson. Retour derrière la caméra, d’abord, pour celui qui n’a fait que produire des films (et quels films) depuis Jeanne d’Arc en 99. Surtout, retour à ce que Besson n’a jamais vraiment quitté : le ventre de maman, sublimé par l’apnée en liquide foetal du Grand bleu. Angel-A débarque entouré du plus grand mystère : scénario tenu secret, annonce confuse de casting monstrueux (au final, la méga star c’est l’inconnue Rie Rasmussen, on y revient), promesse de grand-oeuvre et promotion carabinée. La première impression, en découvrant le film est qu’il semble avoir été écrit par un petit enfant, et à destination des 8-12 ans. Un scénario de court-métrage étiré en une heure et demi, et sans doute le film le plus ridicule de son auteur, ce qui n’est pas un mince exploit.

Le scénario, donc : à Paris, André (Jamel Debbouze), petit magouilleur criblé de dettes, est prêt à se donner la mort pour échapper à ses débiteurs. A deux doigts de se jeter dans la Seine, il est interrompu par un top model blond qui fait deux têtes de plus que lui, et semble décidé à commettre l’irréparable. La fille se jette à l’eau, André la repêche et la sauve. Elle se met alors à son service, et miraculeusement le tire d’affaires. Si au bout d’un quart d’heure vous n’avez toujours par compris le pitch, pas trop complexe non plus, pensez au titre du film.

Mais qu’importe le scénario, Besson est cinéaste, et même auteur. Ses obsessions, il les exprime uniquement par la mise en scène. La mise en scène, donc : Besson y concentre ses états d’âmes (régression, puérilité, refus de quitter sa bulle prénatale, fascinations / répulsions enfantines divers) tout en prenant soin, business oblige, de surfer sur ce qui marche, ces films où les jeunes Arabes d’un Paris touristique et halluciné portent de vieux prénoms français et sont joués par Jamel Debbouze : André ici, Lucien dans Amélie Poulain. N’ayant rien à raconter – un ange passe -, pourvu d’un scénario totalement débile et de dialogues à côté desquels le courrier du coeur de Ok Podium semble avoir été écrit par Kierkegaard, Besson distribue les images-traumas à la louche.

Il ne faut pas prendre cela à la rigolade, même si tout le film est absolument grotesque, car c’est bien une personnalité de cinéaste qui se livre ici, à travers ces dispositifs. Quelques exemples. D’abord Paris, filmé en un noir et blanc signé Arbogast, digne d’une publicité pour bagnoles. La ville est absolument déserte, pas l’ombre d’un passant, pas un chat, rien. Personne d’autre. Fantasme pur qui relève d’un autisme des plus pathétiques, puisque s’y greffe une phobie maladive envers toute altérité. Ensuite, l’image-trauma la plus fréquente du film : André, seul ou avec son Angel-A, traverse un pont vide, filmé de loin. Deux hypothèses d’interprétation. Soit il s’agit d’un pont entre deux âges (la puberté) que Besson lui-même ne peut ni ne veut franchir. Soit, et cela revient au même, le pont figure la bulle autiste / régressive où le cinéaste s’est enfermé volontairement : croisant le fleuve, perpendiculaire à lui, il symbolise le choc entre le fantasme / refus de Peter Pan (le pont) et le cours du temps (le fleuve). Univers totalement asexué, on s’y perd en conjectures, c’est génial et pathétique, toute ces absurdités qui sont le signe d’une grande misère intellectuelle.

Non, vraiment, de tels fulgurances de mise en scène (rares sont les films où elle est aussi déchiffrable) ne peuvent emmener le film que vers les sommets. Et pour l’accompagner, il faut bien une interprétation de haut vol : c’est la mannequin Rie Rasmussen, la pauvre, qui s’y colle, et on est si gêné pour elle qu’on préfère ne même pas disséquer sa prestation (on voudrait juste signaler, par pitié, que dans les bouts de scène qu’elle avait dans Femme fatale de De Palma, elle n’était pas absolument nulle, juste top model).

Peur de l’autre et du sexe, éloge bisounours de la bonté d’âme, de la gentillesse et de l’amour vrai, mièvrerie détraquée, peterpanisme neuneu. Rien que l’ordinaire des bessonneries et de la plupart des films qu’il écrit et / ou produit. Mais à vrai dire, Angel-A bat bien des records, son indigence inouïe, ses envolées lyriques qui feraient passer T’aime de Patrick Sébastien pour un film de Syberberg (« André, je t’aiiiime ! / Non, Angela-A, ne pars paaaas !! »), son idéologie Playskool (les Américains, leurs flics-Robocop et leurs ordinateurs surpuissants), son art de vivre peine-à-jouir et on en passe, sont parmi ce que Besson a fait de plus consternant. Reste LE plan du film, antérieur au coming-out de Angel-A : un bureau, une Victoire de Samothrace en carton, et Angel-A qui par illusion d’optique place sa tête à la place de celle, disparue, de la statue. Putain, l’indice.

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