Selon le vieil adage, toute fin est aussi un nouveau départ. C’est un peu la leçon que donne ce premier album de Yeti Lane (lire notre entretien avec le groupe), nouveau projet musical de Ben (voix, guitares, portasound, synthétiseurs), LoAc (voix, guitares, basses, synthétiseurs, orgue, mellotron) et Charlie (batterie et percussions, synthétiseurs, orgue, mellotron, boîte à rythme et boucles), tous trois membres du groupe Cyann & Ben. Début 2008, la belle histoire Cyann & Ben est mise en suspens après sept années à parcourir l’Europe et à faire parler d’eux jusque de l’autre coté de l’Atlantique, grâce à trois albums remarquables et remarqués (sortis sur Gooom, Locust, Ever Records/ !K7).

Des grands espaces horizontaux et oxygénés (rouleaux de guitares, vagues de lyrisme et pianos sous-marins) de Cyann & Ben, quatuor mixte auteur d’une belle trilogie psychédélique et transocéanique, LoAc, Ben et Charlie, après le départ de Cyann pour une solitaire qu’on espère aussi chantante que celle du Figaro, sont passés à la verticalité possiblement transcendante d’une pop gravie comme un sommet (the toppermost of the poppermost ?), délaissant une certaine mélancolie des abysses (et ne croyez pas que je l’attribue à Cyann seulement) pour une démarche plus sanguine et icarienne, un clair désir de lumière, rétrécissant l’étendue et la durée au profit de la hauteur et de l’immédiateté. Comme un yéti sur la route ?

Elliot Smith, le Velvet Underground ou les Flaming Lips dans le rétroviseur, Animal Collective, Deerhoof ou The Curtains en ligne de mire, ces petits monstres de virtuosité déroulent délicatement mélodies pop et rythmiques tribales, synthés krautrock et guitares hypnotiques en une architecture du cœur qui n‘a rien à envier aux bâtisseurs adolescents de cathédrales pop, ce cheminement s’illuminant progressivement, sans programmation ni prog’rock, tant par ses atmosphères, ses rythmes et ses mélodies supérieures, que par ses mots, des histoires de ruptures, d’éloignements, qui se résolvent en enseignements joyeux et féconds. Comme chaque fin est un nouveau départ, les trois garçons accouchent là d’une bien belle renaissance.

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