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3
sur 5

En bon traveller quasi new-age, Luke Vibert n’oublie jamais dans son petit cartable musical d’importer en permanence samples et vocodages d’autres lieux, d’autres temps. Publiquement né sous son propre nom en 1994 après un premier album remarqué sur le label Rephlex, Luke Vibert a depuis renoué avec ses premières amours, caché derrière des noms de code aussi ésotériques que technoïdes, de Plug à Wagon Christ en passant par les Hate Brothers, premier essai punkoïde dans le monde de l’electro. Depuis, le petit Luke a usé ses semelles crantées sur une flopée de chemins electronica et se pose avant tout comme un remixer de renom : Nine Inch Nails, Tortoise, Meat Beat Manifesto et Howie B. se sont laissé guider par les doigts d’acier de ce DJ en provenance directe des Cornouailles. Et quand il se la joue solo, Luke Vibert et son Wagon Christ signent quelques belles plages électroniques où s’entrechoquent les influences du musicien.

Car il est surtout question d’illustration. Et de citation. La musique de Wagon Christ tourne vite à l’exercice ambient où s’entrecroisent samples hip-hop, rythmiques drum’n’bass et nappes de synthés plutôt ambient. Groovy par moments, les mélodies sont surtout autant de prétexte à une musique papier peint pour soirée jeux vidéo stylée. On pense très vite à la fameuse BO du dernier jeu Dreamcast hip’n’hype, Extreme sports, où des artistes Ninja Tune (déjà, encore et toujours eux) se fendaient d’une illustration sonore de haute volée. Le problème reste qu’avec ce disque-là, Wagon Christ ne décolle pas de ces tentatives assez vainement illustratives. Pas assez ambient pour donner dans le papier peint musical BCBG décliné des premières ritournelles d’Eno, et trop soupe pour constituer un métissage des genres remarquables, Musipal tente tant bien que mal de réconcilier des éléments musicaux trop peu radicaux pour être convaincants. Reste un album de bon standing, sans faute de goût flagrante, et qui délivre un minimum syndical en termes de mélodies et de rythmes. Idéal pour une soirée-pizza branchée ou pour un dancefloor techno-beauf au Batofar. A vous de choisir.