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2
sur 5

Musicien, électronicien et bidouilleur de talent, Richie Devine s’est fait repérer il y a maintenant deux ans par Richard D. James. Après avoir attiré l’attention de son idole en lui étalant sa collection de synthés (objets mutants de sa création), il profite de l’occasion pour lui faire écouter quelques démos. Résultat des courses : après avoir sorti une petite série de EP sur Drop Bass et Schematic, Richie Devine revient avec un premier véritable album édité par le label de Romulo del Castillo. Ce disque bénéficie d’une licence assurée par Warp Records, ce qui symbolise bel et bien l’arrivée de l’Américain dans la cour des grands noms de l’IDM, tels Autechre, Aphex Twin ou Funkstörung.

Avant même la première écoute de son nouvel opus, autant dire qu’un immense sentiment d’excitation hantait les fanatiques. En plus des magnifiques mini-albums -on se souvient du terrassant Richard Coleman Devine E.P, sorti en 98-, Devine s’est dernièrement illustré dans des prestations live qui laissaient bien espérer un nouveau disque exceptionnel. Bourrée de cut-up rythmiques et de gimmicks sonores dignes d’une bande-son d’un cartoon de Tex Avery, son electro survoltée méritait d’être approfondie pour se démarquer des influences qui l’ont engendrée. Hélas, il semble qu’aujourd’hui Devine se soit pris à son propre jeu. Les huit titres qu’il nous livre dans Lipswitch oscillent entre la caricature maladroite de ses anciens travaux (pour le meilleur) et le clonage sommaire de vieux plans autrechriens (pour le pire). On sent par moments une légère évolution, dans quelques morceaux comme Block variation ou Swap trigger, mais elle reste uniquement technique. A l’écoute de ses nouveaux « exploits » (breakbeats aléatoires qui fusent à toute vitesse, structures syncopées effaçant tout point de repère pour l’auditeur…), il est évident que tous ces jeux démonstratifs -pour ne pas dire pompeux- apportent un aspect ultra-hermétique à l’album. Ce qui laisse la désagréable impression que Devine s’est simplement efforcé de nous ressortir les mêmes plans que par le passé, en bûchant un peu plus sur ses logiciels de programmation. De plus, tout cet acharnement rythmique fait du tort aux compositions de l’album. De larges espaces ambient et plusieurs drones flemmards sont utilisés comme un remède (assez inefficace) au manque de mélodies des morceaux. Certains défendront peut-être Lipswitch en parlant de « recherche sonore »… Mais la soi-disant « recherche sonore » étalée dans ce disque ne cesse de tourner en rond ; elle ne mène nulle part et semble être utilisée uniquement pour faire acte de présence.

Cette approche reste cependant celle d’un admirateur du Richie Devine d’antan. Il est clair que Lipswitch reste une respectable introduction à son travail, pour tout un public qui ne le connaît pas encore (ses anciens disques étaient tous sortis en éditions ultra-limitées). Que ce petit passage à vide ne nous empêche donc pas de continuer à espérer de brillantes choses pour l’avenir ; Devine est loin d’avoir dit son dernier mot.