PARTAGER
3
sur 5

Les bons labels electronica ne sont pas légion en France : mis à part quelques passionnantes initiatives dans le domaine des micro-structures encore extrêmement confidentielles et quelques rares exceptions (Gooom, Noise Museum, Skipp, Clapping Music), la France pourrait même faire figure de tiers monde des nouvelles musiques électroniques quand le reste de l’Europe et du monde redouble d’efforts pour nous abreuver de nouveautés plus excitantes. Petite question, donc : serions-nous à ce point sclérosés par les hymnes néo-disco pour dancefloors rose bonbon de l’intelligentsia parisienne ? Pourtant, les talents ne manquent pas…

Pendant que certains continuent à déplorer la fuite des cerveaux vers l’étranger (Ensemble chez Rephlex, Hypo chez Spymania, Dat Politics chez A-Musik), d’autres se jettent heureusement à l’eau : Philippe Petit, boss de l’émérite label noise Pandémonium (un autre cas isolé dans notre beau pays) lance donc Bip-Hop, label dédié aux « aventures sonores non conventionnelles et aux bleeps déviants et transgressifs » (sic) en tous genres, et inaugure le label avec le premier volume d’une série de compilations invitant divers artistes internationaux évoluant dans le champ de musiques électroniques plus ou moins déviantes et expérimentales…

Au menu de ce premier volume très hétéroclite (presque trop, pourrait-on dire), on passe sans transition de l’electronica-pop la plus débridée du New-Yorkais Marumari (deux albums chez Carpark) ou de l’Allemand Schneider TM (son deuxième opus vient de sortir sur City Slang) aux climats ultra-minimaux de l’Italien Massimo (repéré chez Microwave, ERS ou Falsch) ou des ultra-actifs et omnipotents Goem, du dark ambient déstructuré des Français d’Ultra Milkmaids aux effronteries post-Autechre de l’Anglais Elliot Perkins alias Phonem. Chacun offre un ou deux morceaux exclusifs, ce qui ne manquera pas de réjouir les collectionneurs hardcore de la cause electronica (terme générique finalement le plus pratique). Outre la grande qualité de la majorité des morceaux, petit bémol (on adore bouder notre plaisir) : le fait d’inviter des artistes -pour la plupart- déjà connus et reconnus, ayant souvent à leur actif un grand nombre de sorties, est révélateur d’une prise de risques somme toute minimale, et ce n’est pas en copiant nos voisins explorateurs et en récupérant leurs artistes (un seul artiste sur les six présent est français !) que la France imposera sa voix à l’échelle internationale. Ce ne sont pourtant pas les artistes plus confidentiels et tout aussi talentueux qui manquent. Gageons que ce n’est que partie remise et que Bip-hop saura imposer une identité propre (une denrée rare en electronica) avec le temps. En attendant, cette compilation est excellente.