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4
sur 5

37th floor at Sunset (6e album solo de David Toop depuis 1995, après Screen ceremonies, Pink noir, Spirit world, Museum of fruit et Hot pants idol) a été créé pour l’installation multimedia Mondophrenetic, dont la première eut lieu à Bruxelles en septembre 2000. C’est aussi un disque à la fois conceptuel et captivant, marque de fabrique habituelle du travail de Toop.

Le concept est le suivant : « J’ai voulu créer des atmosphères évoquant les immeubles comme des organismes vivants, des créatures dotées d’un système nerveux, sans réduire le disque à un catalogue d’effets sonores » explique Toop. C’est exactement ça : 37th floor at Sunset est constitué de 13 morceaux « ambient » qui évoquent la vie de nos grands ensembles urbains : des sons des caves aux parkings, du local poubelle aux appartements les plus hauts, des toits couverts d’antennes aux ascenseurs, des couloirs aux bouches d’aération… C’est en s’inspirant du roman High rise, de J.G. Ballard (dans lequel il décrit la vie d’un immeuble et de ses habitants) que Toop a composé cette bande-son fascinante, à partir des « murmures de l’activité humaine, de la radio et de la télévision ». En isolant certains détails sonores, et en les mettant en relief dans des proportions inverses aux proportions réelles (les bips bips infimes des montres sont amplifiés jusqu’à couvrir le son des systèmes de ventilation), Toop donne à entendre la vie cachée des objets froids qui nous entourent. Morceaux très courts ou morceaux très longs, sons purement digitaux ou acoustiques, sons de machines ou naturels (oiseaux, insectes), peu importe : l’alchimie fonctionne et on découvre, pour peu qu’on soit un peu attentif et calme, un monde sonore vaste et riche. Les titres passent de l’électro-acoustique de haute volée (Air con function) à des bruits des modems qui s’éteignent dans la nuit ou de touches de téléphone (Kraftwerk pas loin) qui, mêlés à des bribes de radio, créent des rythmiques improbables et des mélodies futuristes. Mine de rien, Toop (Accompagné de Neil Mc Coll et Paul Schutze) compose la bande-son de nos esprits. Jamais ennuyeux (peut-être même moins ennuyeux sur disque que pendant l’installation ?), 37th floor at Sunset est un voyage au sein de l’inquiétante étrangeté du banal. Celle des tours de « Chine ou de Paris », celle des grandes villes toutes pareilles dont la spécificité ne se révèle qu’au plan microscopique, dans les détails les plus subtils, « à un moment donné, à un endroit précis ». Ne nous trompons pas : ce disque est extrêmement composé. Pas de place au hasard, chaque morceau est une pièce dans laquelle l’auditeur se déplace. Imaginez voler au-dessus de La Courneuve, comme les anges dans De bruit et de fureur de J.C. Brisseau…

C’est avec beaucoup de talent que David Toop a atteint son but : évoquer les sons de nos légos urbains. On ressort de ce disque apaisé, comme après un bon rêve. 37th floor at Sunset est à la fois une excellente introduction au travail de compositeur de Toop (pour ceux qui ne connaissaient que ses textes), la preuve que tous ses disques ne sont pas chiants et surtout un disque vers lequel on revient souvent (malgré son abstraction), ce qui prouve qu’il recèle de nombreux secrets à offrir…