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4
sur 5

L’histoire du label ABB Recordings commence en janvier 1997. Fort de son expérience au sein de la Bay Area Hip Hop Coalition, Benny Bee décide de se lancer dans le « rap business » en fondant le label ABB. Bee permet à Defari (son petit frère) d’enregistrer le maxi vinyle Bionic, qui deviendra très rapidement un sure-shot single aux States. Dès sa sortie, le titre séduit nombre de DJs, parmi lesquels Stretch Armstrong et Bobbito (Bionic passe en rotation dans l’émission Armstrong & Bobbito Radio Show). Bionic fait l’effet d’un obus qui tombe sans prévenir sur la côte Ouest des Etats-Unis. Un son différent -appuyé par la prod de Mc Evidence des Dilated Peoples et les cuts de E-Swift des Alkaholics- qui se différencie des produits West Coast ambiants. En juin 97, Source Magazine classe Bionic dans les 10 meilleurs singles de l’année. A la suite de ce succès underground, les Dilated Peoples offrent au label ABB un triptyque de maxis-singles vinyles, dont Global dynamics (présent ici sur la compil’) et Third degree (au fameux clip cheap en 8mm).

L’underground californien reprend soudain un peu d’ampleur. Le crew ABB continue sur sa lancée et sort les fameux People’s choice et Bottom line de Defari, dont la prod est une fois de plus assurée par les Dilated, qui s’offre le luxe d’inviter Kutmasta Kurt. C’est People’s choice qui s’attire cette fois-ci les faveurs des radios et DJs underground. Le titre apparaît sur les mixtapes et émissions radio de DJ Revolution (Wake up show), DJ Premier, Silvah-Surfer… Defari est vite repéré par Tommy Boy et signe un contrat pour trois albums, dont le premier (Focused daily) est enregistré en février 1999. La chance sourit à la famille ABB.
Mais le plus grand succès de la structure californienne vient des Dilated Peoples. C’est au début de l’année 98 que les deux MCs Evidence et Iriscience trouvent enfin un DJ à la hauteur de leurs flows : Babu. Le trio explose alors les platines de tous les DJs du continent avec le classique Work the angles, produit par Kutmasta Kurt et nappé des scratches furieux de Revolution. En quelques mois, ABB vend plus de 50 000 copies du vinyle, qui se classe au top du classement effectué par les journalistes de Hip Hop Connection (premier mag papier en Grande-Bretagne), en deuxième position du Wake Up Show 98 (USA) et en troisième place du classement hip-hop de Blast-Magazine (Japon). Le succès de Work the angles permet aux Dilated de signer sur Capitol Records, qui sort en 2000 leur terrible album The Platform, un des meilleurs opus hip-hop de ces cinq dernières années…

Always bigger and better propose ici un éventail de morceaux sortis tout droit des mallettes de Joey Chavez et Benny Bee. Une véritable mine d’or pour les chercheurs de hip-hop déclassés. Les MCs présents sur cette compil’ se foutent royalement du clivage West/East Coast. Pour ceux qui auraient un train de retard, on y trouve des titres phares comme Rework the angles (Dilated feat. AG, Defari, Xzibit), Global dynamics (encore les Dilated) ou bien Place of birth (Planet Asia). Egalement, des petits joyaux comme les hits underground This year des Mhz et Suger hell no ! de Quamallah, ou le fameux Worldwide de Chavez feat. Defari et Phil Tha Agony. La cerise sur le gâteau reste le puissant remix de Triple optics : Babu y déboîte les basses, enchaîne les scratches sur un riff de guitare terrible, tandis que Iriscience se défoule sans pitié sur une rythmique lourde et puissante. Les Dilated sont présents sur cinq titres de Always bigger… On découvre également les Sound Providers (avec un Get down plutôt old-school), Solution (sur un What I need aux samples de guitares sèches déformés et des voice-samples de M.O.P, Group Home et Big L). Quant au très intéressant Turbin, il balance un bon flow sur Beyond heads, pur explosif enduit de violons savoureux, appuyé par un bon voice-sample de Pharaohe Monch. Que dire du vigoureux Chavez qui défonce les platines sur Reservation for one ? Il scratche des voice-samples imparables de Big Daddy Kane, tout en laissant Evidence cracher son flow guttural en citant le Taxi driver de Scorsese. Chavez rebalance ensuite sa sauce piquante sur Develop tools, aux côtés d’un Defari très efficace.

Always bigger and better est incontestablement une bonne compil’ hip-hop. Ce qui n’est pas surprenant puisque le jeune label ABB Recordings compte aujourd’hui parmi les références en matière de rap indé. Son répertoire affiche seulement une trentaine de sorties, mais la qualité est toujours au rendez-vous. On attend la suite avec impatience. Pourquoi pas le LP Imagery, Battle Hymns and Political Poetry des Dilated ?