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4
sur 5

A l’heure estivale où, déjà en route vers les plaisirs raffinés d’Ibiza, les fashion victimes modernes ont depuis longtemps oublié que c’est grâce à un hypothétique retour du rock qu’ils ont pu être si tendance cette saison, ce deuxième album des White Stripes remettra leurs idées en place. A savoir, leur rappeler que ce qui nous préoccupe d’abord, ce ne sont pas des blaireaux fashionistas top-cool avec des ticheurtes de Ratt, Dokken ou Iron Maiden (trois mauvais groupes de heavy-metal), mais bien l’allure et la classe des chansons de la musique rock. Et ce disque, ce groupe, en regorge, la suinte par tous les pores.

Aux coupes post-mulet dignes de John Norum (le guitariste du pathétique groupe suédois Europe -modèle capillaire de l’année pour les garçons ET les filles), The White Stripes oppose une guitare sale et mal apprise dans des champs au soleil du Mississippi et tabassée à la rigueur de la Motor city et des rythmes binaires, véritables appels à la copulation. Rien à voir donc avec les pauvres coïts cocaïnés sur fond de discoïsation pénible. Il y a chez les White Stripes cent fois plus de glamour, de stupre et de plaisir que dans n’importe quelle discothèque du monde libre.

Jack et Meg White sont-ils réellement frère et soeur ? Il est permis d’en douter, car ce qu’ils font ensemble aurait alors un nom : l’inceste. A eux deux ils proposent plus de sexe sale dans ce disque que dans n’importe quelle partouze cinématographique. Dès Hello operator, le deuxième morceau, on sait que la fièvre vengeresse et assassine, fourbe et sensuelle de ce groupe ne nous lâchera plus : il est bien question ici de la musique du Diable, de choses qui se passent en dessous de la ceinture. Prenons Little bird et son accélération finale : rien de tel que ce genre de truc pour vous provoquer illico une régénérescence totale des cellules ; les guitares sortent des plans qu’AC/DC ou Led Zeppelin ont pillé dans le blues, et The White Stripes nous les ressert quasiment immaculés sur un lit de fil de fer barbelés. Après ça, deux accalmies : Apple blossom et I’m bound to pack it up nous reposent et marquent aussi le fait que Jack White n’a pas que des accès de langoureuses fureurs libidinales mais sait aussi s’y prendre pour plomber en beauté les plus beaux tombeaux de la pop-music (Ray Davies et McCartney en tête) quitte à les violer sur une table d’autopsie. Dans le genre, Truth doesn’t make a noise donne, entre autres envies, celle de jeter des pierres à tous les petits roquets britanniques nécrophiles qui osent se prétendre songwriters.

Death setter, emprunté au répertoire de Son House, fait définitivement taire ces belles et rafraîchissantes mélodies pour repartir sur la trace du seul breuvage digne de ses origines, l’alcool de grains. Ce morceau complètement slidé restera raide-bourré pendant plus d’une saison. Et vous avec. Let’s build a home fouette le Blues Explosion avec des orties -et il aime ça- et laisse voir des varices et même de l’arthrose chez les Cramps. Si vous arrivez à Why can’t you be nicer to me ? avec des habits secs et intacts, changez de partenaire ou rentrez dans les ordres.

En treize morceaux The White Stripes (from Detroit, Michigan) offrent ce que l’on peut faire de plus excitant de nos jours, rappeler la signification première du terme rock’n’roll : baiser. Leur troisième album sortira bientôt. Vous voilà prévenus.