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3
sur 5

En 1997, les Californiens Sugar Ray n’ont pas trop bien compris ce qui leur arrivait. Sortis du jour au lendemain de l’anonymat grâce au single Fly, les cinq apprentis-sorciers de la pop ont été vite dépassés par leur propre création. Scotchés sous forme de poster sur les murs de chambre d’adolescentes énamourées, héros de festivals de stations de radio américaines, Mark Mc Grath (chant) offrant finalement sa belle gueule aux lectrices de Cosmopolitan… De quoi ravir et effrayer à la fois le groupe, qui, encore lucide, savait qu’industrie du disque, critiques et fans les attendaient au tournant du deuxième album. D’où le titre, désabusé à souhait de 14 : 59, allusion au fameux quart d’heure de célébrité dont parlait Andy Warhol. Car les Sugar Ray sont conscients que leurs précieuses quinze minutes foutent le camp aussi vite qu’elles leur sont tombées dessus et qu’en l’absence d’un « Fly 2, le retour du hit single », ils n’auront plus qu’à retourner à leur day-job. Désireux de planquer leur angoisse sous une bonne couche de dérision, ils entament leur petit nouveau par un New direction en forme de pied-de-nez. Cinquante secondes durant, ils pulvérisent les tympans des habitués de leur pop légère à coup de death metal aussi subtil qu’un simple de Suicidal Tendencies remixé par Sepultura. Mc Grath en crache ses poumons à la fin, c’est dire…

Le reste se classe aisément au rayon « gentil mais pas franchement très excitant ou révolutionnaire ». Ça sautille, joue les Beach Beatles, harmonies à gogo à l’appui, cultive un mignon côté rétro, dans la plupart des cas. On évitera de mentionner la reprise d’Abracadabra (Steve Miller Band) si fidèle qu’on se demande bien son utilité, remplissage excepté. Plus excitants en revanche, Personal space invader, qui sonne comme du Smashing Pumpkins bon marché joué par les Buggles assisté de quelques martiens bricoleurs de synthés, ou Aim for me, punkerie urgente à la Rancid. Carrément réussi, Live & direct, sur lequel KRS One s’en vient rapper dans une atmosphère pesante, apporte un contraste inattendu au milieu des bonbons fondants. Cependant, même si 14 : 59 n’a pas l’étoffe d’un grand, il a le bon goût de se terminer comme il commençait, c’est-à-dire en faisant sourire l’auditeur. Cette fois, le quintet s’essaie à l’electronica avec autant d’abandon que lors de leur tentative death…