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4
sur 5

Et encore un album de Squarepusher (alias Tom Jenkinson) qui risque bien -mais il doit y être désormais habitué- de ne pas mettre tout le monde d’accord. Sur ses essais précédents, dont le prodigieux Feed me weird things, ses tentatives pour apprivoiser les sonorités jazz et les réinjecter dans sa mixture d’électronique et de drum’n’bass polaire avait déjà laissé pas mal de monde sceptique. Cela ne risque pas de s’arranger avec Music is rotted one note, la nouvelle pépite de celui que certains (les autres, ceux qu’il laisse bouche bée) ont assimilé à un demi-frère -pour l’inspiration- du demi-dieu Richard D. James (Aphex Twin). Car là, on peut plus compter le jazz au rang des influences -mêmes majeures- et des préoccupations musicales de Jenkinson, il est l’essence même de ce disque. Et, qui plus est, dans sa forme la plus rébarbative pour ceux qui l’abhorrent, puisque la part belle est faite à la virtuosité au détriment de l’atmosphère (ce mot rétro qui ravit les néophytes dès lors qu’il s’agit de jazz).
Car ce qui semble avoir passionné Jenkinson, plus que de se voir catalogué comme un défenseur d’une certaine forme de free jazz, ça y est, le mot est lâché, c’est justement, plus que le rendu sonore, la structure, adaptée bien entendu aux possibilités énormes de son équipement informatique et musical. Le jazz est-il soluble dans un logiciel ? Il semblerait que oui, il suffira pour s’en convaincre de prêtre une certaine attention aux rythmiques, particulièrement fidèles à l’esprit du jazz, y compris dans son principe de liberté absolue.
Que les purs et durs ne désespèrent cependant pas, ils retrouveront, dans les dix titres proposés, ce qui a fait la renommée de Squarepusher, cette alchimie incomparable dans les sonorités froides, dans la minutie de la programmation, avec des clins d’œil à la musique concrète ou sérielle. Ce qui fait, au final, de Music is rotted one note une grand pièce de musique contemporaine, les préjugés en moins. Pour cela, bien sûr, il faudra un peu se forcer à écouter, à rejeter bien loin toute forme de confort. Mais la musique la plus importante n’a-t-elle pas souvent été le fruit d’un refus, d’une opposition volontaire aux formes préexistantes les plus connues et les mieux acceptées ?