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4
sur 5

Sebastien Tellier avait marqué pas mal d’esprits lors de la sortie de L’Incroyable vérité en 2001, un opus qui déployait des émotions communicatives, se finissant par un chef-d’oeuvre voluptueux (Black douleur, utilisé pour le coeur de Juliette Binoche dans le film Décalage horaire, la seule véritable bonne idée du film). Repéré sur la compilation Source material aka Source rocks en 1998 (avec son fragment pop Fantino), c’est en 2001 que Tellier a commencé à prendre un peu d’envol, notamment grâce à l’empressement de Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel. Les deux gars de Air ont en effet créé le label Records Makers avec son premier opus. Une écurie à géométrie variable, qui héberge aujourd’hui une collection d’artistes, du Klub des Loosers (à noter le track étoilé Sous le signe du V, un opus sur Versailles et ses malheurs, remixé par les auteurs de Sexy boy) en passant par DSL (les auteurs de J.A.Y.M). Le plus talentueux de cette bergerie est incontestablement Monsieur Tellier. Sous les moogs, les nappes de synthés, les pianos et autres saxophones râleurs, Tellier branle sa voix de crooner crevé avec résolution. La crève et la résolution. Une alliance à priori paradoxale. Mais Tellier semble entretenir ses contradictions de manière naturelle et instinctive.

Le lyrisme de Tellier est fait pour les individus qui font l’amour, baisent, s’accouplent, au choix. On prendra l’Amour bien sûr… Et on prendra La Ritournelle, cet exposé effilé qui se désenveloppe avec une élégance enivrante. La lenteur hypnotique de ce titre sublime, où le piano a remplacé la peau, où la voix du chanteur n’arrive qu’à partir de quatre minutes pour partager son sentiment, cette lenteur hypnotique constitue ici une évolution musicale fluide, suave, dont le sexe semble être le guide principal. Un joyau. Comme si Tellier, après la perte de l’Attachement sur Black douleur, avait retrouvé le chemin de la Sensualité avec ce titre… La musique de Politics est une manne de démentes atmosphères, tantôt introverties et pleureuses, tantôt exubérantes et jouissives. Tellier devient du coup un véritable chanteur de troubles sexuels illuminés, dont les rêveries n’ont étonnamment rien de songes émergeant d’un promeneur solitaire. Les puceaux ne comprendront pas Tellier.

On peut croire que l’auteur de Black douleur affectionne les conneries au troisième degré, mais lorsqu’il fait crépiter ses ferveurs, il sort une musique au contresens impressionnant, flirtant avec les prières, les orgies et la politique, l’anarchisme organisé et l’odeur de clitoris allumés au coin de feux bleutés. Aidé par le très prisé Tony Allen (qui vient également de collaborer avec le rappeur british Ty sur l’album Upwards), aiguillé par Mr Oizo (l’auteur de Analog worms attack qui lâche ici sa patte sur La Tuerie, petite portion electro sautillante), ce pâtre des méditations sensuelles ouvre ici la porte à de nombreuses influences, pour les canaliser en une sorte d’orchestre rock baroque (Zombi et son invité surprise Xanax du groupe hip-hop Les Svinkels), ouvrant le bal sur un « au revoir » pullulant la joie mal famée (Bye bye). Le plan fantasmagorique de Politics est une invitation à l’arrachage de dessous en soie, une déraison qu’il convient de découvrir aux côtés d’une créature dont on aime le coeur et le corps. On imagine bien les guirlandes psychédéliques de Tellier entourer la chair de nymphes aux sexes serrés, attraper leurs organes vitaux, faisant gicler la sueur de moult ébats charnels. Faîtes l’amour sur cet album.