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3
sur 5

2003 ressemblait de plus en plus à 1969 (Altamont, Rolling Stones, Hell’s Angels) : même ambiance fin de rêve, plus héro que coke, soirées sataniques et petites moustaches décadentes, la fin de l’année fut métal. Tandis qu’on rééditait le Master of reality de Black Sabbath, qu’explosait la pop gothique de I Monster et le revival post-hippie de Kings of Leon, dans l’attente d’un nouvel album sans cesse repoussé du Fantômas de Mike Patton, Hell mettait ses lunettes noires et sortait son NY muscle chez Universal.

C’est bien connu l’enfer n’est pas chaud, l’enfer est froid, et Hell a profité des premiers frimas de l’hiver pour partir à New York, ville terminale et hivernale s’il en est, recycler à la mode allemande d’aujourd’hui (electro 80’s, techno politisée, clubbing cuir) la hype délétère de la grosse pomme (rock pas mort, Converse et Brooklyn). Camarade arty de Fischerspooner (qu’il a d’abord abrité sur son label, avant passage à la major) et des clocharistos A.R.E Weapons (à qui il piquera le concept « Muscle » copié-collé à NYC), Hell sucke le monde de la mode new-yorkaise, y important la coupe mulet, les tiags noirs et la Ford Mustang rouge. Un peu plus d’apollinien dans la ville de Giuliani et de Bloomberg. Pour un avenir schwarzeneggerien ? (n’oublions pas que le premier logo de International Deejay Gigolo était le Monsieur Univers autrichien, balayeur d’estrades politiques en devenir).

Là, entre le parc central, le carré du temps et le niveau zéro, le Diabolo de l’electro body-builde le maigrelet Erlend Oye (un des doux Kings Of Convenience, se rêvant une carrière d’idole décadente), sadise le masochiste Alan Vega et fait bad-tripper la diva house Billy Ray Martin. Froid et dissonant, NY muscle remue le couteau electro dans le corps moribond du punk, vampirise l’énergie new-yorkaise de Suicide ou James Murphy (DFA, LCD Soundsystem), et la recrache saturée de testostérone teutonne. Ce sang a le goût du fer. Ce disque mineur, mais parfaitement de son époque, sera le fil rouge de l’hiver. En ville, Hell pose dans une Ford Mustang 1969.