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4
sur 5

Avant les sorties des albums essentiels de Julie Doiron et Songs : Ohia en avril, les labels affiliés Secretly Canadian et Jagjaguwar, du fin fond des Etats-Unis, travaillent à rendre le monde plus beau. Dernière bonne action en date : Scoutt Niblett. Dernière petite erreur de casting : The Lucky Sperms. Résumé.

Avant même la sortie de son premier album solo, la jeune anglaise Scout Niblett fait déjà partie de la petite famille de la grande histoire du rock. En effet, son visage orne joliment la pochette de Fold your hands child, you walk like a peasant, troisième album de Belle and Sebastian, où elle fait office de fausse jumelle. On imagine pourtant Scout Niblett en fille unique, pour ses maniaqueries de garçonne (comme cette perruque blonde qu’elle ne quitte pas), son chant solitaire, ses chansons intimes. Emma Niblett, qui tire réellement son surnom des camps d’entraînements scouts de Nottingham, où elle passa ses étés d’enfance, a produit un des albums les plus intensément émouvants de ce début d’année.

Evoluant dans le même marigot merveilleux que Van Morrison, Laura Nyro ou Cat Power, Sweet heart fever est une succession miraculeuse de pépites folk-rock, jouées à la simple guitare électrique, parfois accompagnées de la batterie nuancée de Kristian Goddard, chantées en tremblant, jouées tout doucement. Avec sa voix haute perchée, ses touchantes faiblesses, son sens intense de la comptine, Scout Niblett est une petite fille, l’équivalent anti-folk de Calvin, de Calvin et Hobbes : « When we get home / It’ll be like a party / He’s learned to move / Real slowly / See how he moves / Sunlit and playful / We have it all / But I miss my lion / He’s already there / Waiting to greet me ». Mais Scout Niblett est aussi une vraie femme, qui promet, dans Big bad man, sur un beat velvetien en diable, qu’elle va nous cuisiner de la vraie nourriture : « I’m gonna cook you some real food! ». Scout Niblett serait donc femme-enfant, une sorte de petite amie idéale. Couplée d’une grande musicienne : Into est un sommet de la succession d’accords, de ceux que P.J. Harvey trouvait encore sur Dry, et qu’elle a oublié à jamais. La relève est assurée avec Scout Niblett, petit bloc d’intensité, petite flamme vacillante qui jamais ne s’éteint, dont la fragilité est la plus grande force. Le morceau titre, Sweet heart fever, dernier de l’album, enregistré au mini-disc dans un appartement, oscille entre peine et espoir, foi et mélancolie, à tel point qu’on finit par ne plus pouvoir différencier sa joie ou sa tristesse. Et n’est-ce pas là la marque des plus grandes ?

Plus tristes, les retrouvailles de Jad Fair et Daniel Johnston, 13 ans après leur fondamental It’s spooky, ici réunis sous l’enseigne The Lucky Sperms (avec Chris Bultman en side-player), laissent un goût amer. Nos héros ont vieillis et sont fatigués, et malgré la persistance de quelques saillies lumineuses, Somewhat humorous semble joué sans conviction, dans un garage, certes, mais sans la spontanéité outrageuse de la première rencontre. La reprise obligée des Beatles (Michelle) bousille la chanson plus qu’elle ne la magnifie, et les arrangements de batteries brutes de brutes, de guitares sans accords, de pianos sourds, masquent des chansons qui pourraient être magnifiques (Cow at the sacrifice, Pancakes flop).

Un album à la Shaggs (ce groupe de collégiennes qui jouait tout absolument, complètement faux), mais sans charme. Les fans seront déçus. On se consolera avec le Jad Fair & Teenage Fanclub qui sort bientôt sur Geographic…