PARTAGER
2
sur 5

Scolohofo : un nom de code tordu pour un quartet haut de gamme réunissant, dans l’ordre, John Scofield (guitare), Joe Lovano (saxophone), Dave Holland (contrebasse) et Al Foster (batterie). Dans le genre all stars band, difficile de faire mieux ; voilà probablement ce que l’on appelle une rencontre au(x) sommet(s). Inutile (et d’ailleurs impossible, dans les limites de cette chronique) de revenir en détail sur la carrière étoilée des quatre musiciens. On se contentera de rapporter la petite histoire de la formation du groupe et de l’enregistrement de ce premier album : Lovano et Scofield, partenaires de longue date (ils se connaissent depuis leur collaboration à Boston, dans les années 70, puis dans le groupe du guitariste au début des années 90), décident au sortir du Festival de Montréal, à l’été 99, de monter « un groupe qui n’aurait pas de leader ». Ce qui supposait, bien sûr, que les autres membres soient de la même trempe qu’eux deux : Holland et Foster sont pressentis, contactés, et finalement partants pour l’aventure. La première tournée, organisée fin 99, remporte le succès qu’on imagine ; leurs différents engagements les séparent pour presque trois ans, avant qu’ils ne se retrouvent en 2002 pour un nouveau périple avec disque à la clef, chez Blue Note.

Résultat : deux jours de studio, une production collégiale et 11 morceaux originaux équitablement répartis, joués dans les conditions du live. Vu la carrure musicale des quatre hommes, on ne s’épuisera pas en remarques convenues sur des qualités personnelles et collectives qui ne font de doute pour personne : la maturité et l’intelligence du jeu, assurément, ne sont pas les moindres atouts d’un quartet effectivement dénué de leader, selon le vœu initial de Scofield et Lovano. Reste qu’un casting pareil nourrit des attentes dont on ne peut pas dire que Oh !, malgré le plaisir qu’on peut prendre à l’écouter, les satisfait à proprement parler. Les jazzfans qui acquerront la galette sur la foi de la notoriété des quatre arêtes du carré magique découvriront ainsi une musique de haut niveau mais un peu ronronnante, sans l’étincelle qui aurait mis le feu aux poudres et justifié l’enthousiasme. Cela joue, certes, et formidablement bien ; les compositions ne manquent ni de beauté, ni de surprises (Right about now, Faces) ; l’ensemble, au final, n’en reste pas moins très en deçà des espérances que l’on est tenté de placer, un peu à tort et à travers, dans une rencontre de ce genre. Plaisant, sans plus.