L’aérien, le fluide, l’éthéré sont parmi les notions les moins identifiables bien que toujours galvaudées. On vend de la grâce et du charme, à longueur de journées mais sous des formes empaillées. Pourtant, parfois à une borne d’écoute, près d’un bac à disque, sur la seule foi de quelques accords, on commence à dodeliner de la tête et à ressentir un début de fourmillement dans les jambes. Ca arrive parait-il chaque jour à nombre d’entre nous. Ainsi, il y a peu de temps, j’ai eu pour Alpinisms un battement de cœur. Voilà un subtil premier disque électro sensible composé par de jeunes et jolies sœurs jumelles et un certain Benjamin Curtis qui fait passer par une étonnante succession d’impressions. La tête dans les nuages ? Précisément.

Voici un groupe, élevé sous d’excellentes influences (Lush, My Bloody Valentine, Air) et qui a inventé le shoegazzing techno ou la techno atmosphérique. Les deux soeurs pépient comme des oiseaux quand la neige fond, tandis qu’en arrière plan des arrangements non-identifiés font buissons, cui-cui ou flaques d’eau. Voici un disque qui rappelle d’excellents souvenirs et qui n’a pas peur d’inventer son paysage.

Alpinism n’est pas un chef-d’oeuvre et ne vise en rien à l’être. Il renouvelle tranquillement un langage musical vaporeux, complexe, déstructuré et s’invite au chaud dans l’oreille en faisant un bruit d’eau gazeuse. Avec rondelle de citron et petit parapluie posé sur une belle journée. C’est fatiguant le bonheur ! Car l’agréable peut finir guimauve et la bulle de savon éclater. Heureusement ici, jamais la limite n’est pas franchie. La douceur reste habitée, la monotonie s’éclaire de légers bienfaits. Le disque n’est jamais mièvre, ou décoratif. Il possède ses montées, ses descentes, ses plages et il a vu sur la mer. Il sent l’éther et l’azur. Par instants, on jurerait qu’il fut enregistré dans un studio de mixage proche de l’Amazone.

Il faut se laisser glisser dans cet album. Ce n’est pas difficile, il est accueillant, à plusieurs degrés : La rythmique est vive, fluctuante, les voix flottent en apesanteur, et les arrières plans sont colorés de nappes psychédéliques. A Recommander donc aux amateurs de paix, aux pilotes du septième ciel et aux indiens qui ont enterré la hache de guerre pour fumer sous le tipi.

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