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sur 5

Figure éthérée des scènes électroniques depuis le début des années 90, Robin Rimbaud a créé sous le nom de Scanner les plus beaux opus electronica jamais composés. De ses débuts avec Sulfur au plus récent Lauwarm instrumentals, la matière musicale de Scanner a su évoluer sans perdre son unicité et ses particularités expérimentales. Car Robin Rimbaud n’a jamais succombé aux sirènes du Djing, pas plus qu’à une approche trop universitaire de la musique électronique. Et même s’il navigue de disque en disque entre référents électroacoustiques et excursions plus lounge (Free chocolate – avec David Shea), Robin Rimbaud est avant tout l’ordonnateur précis et décalé d’une réalité urbaine fantasmée. En live, le musicien refuse presque systématiquement de jouer dans des caves, lieux souterrains maudits par ce flâneur électronique : au-delà des pierres de granit ne filtrent plus les codas perdus des conversations téléphoniques traquées par le musicien sur scène.

Chaque concert est donc une gigantesque improvisation étonnamment précise. Jouant la discrétion jusqu’au bout, le musicien est mobile jusqu’au dépouillement : un mini-disc et un lecteur CD pour les banques de sons, un capteur de fréquences pour le résiduel et un sampler pour redistribuer et construire un matériau en mouvement constant. Magie des lieux et d’un moment, même éphémère, les ritournelles de Scanner déroulent leurs esthétiques intrigantes. De ces tournées effectuées sans relâche pendant ces deux dernières années, Robin Rimbaud a collecté un panel très dense de son univers harmonique. Dès le premier morceau, dans la droite lignée de l’ouverture captivante de Lauwarm instrumentals (un monument incontesté de l’electronica), on reconnaît son habileté à faire vivre les mélodies et les harmoniques dans un contexte très rythmique. En totale opposition avec le courant nu-jazz trop corrompu (un rythme binaire avec des mélodies jazz), Scanner impose des rythmiques électroniques ternaires dans un plan de consistance mélodique electronica, à base de drones, samples remixés en live et conversations épanchées dans le bruit blanc des nuits urbaines. Et les machines de Robin Rimbaud, précises dans leurs détraquements, livrent ainsi une musique très maîtrisée qui joue de l’infrabasse et du spoken-word. Un terrain inexploré et ludique au possible où peut s’épancher la créativité sans borne d’un musicien trop sous-estimé. Alors qu’Autechre et Aphex Twin s’ennuient dans la redite, Robin Rimbaud confirme avec ce recueil live le culte qu’on pouvait déjà lui vouer. Exit le Scannerfunk peu convaincu de ce début d’année, place à l’orchestrateur anonyme de nos intenses désirs d’épure. Alive, and well.