On vous avait parlé du précédent album de Psychic TV avec enthousiasme. Décidé, pour une fois, à brosser son public dans le sens du poil et sans doute à se faire plaisir, Genesis P.Orridge regardait dans le rétroviseur rock-psyché tout en tirant le fil de ses marottes des années récentes (pandrogénie). Hell is invisible – Heaven is her/e avait tout du disque stimulant, par son côté récréatif, aussi on attendait de voir la prochaine direction que prendrait cette troisième incarnation de Psychic TV. A l’arrivée, Mr Alien Brain versus The Skinwalkers, avec sa pochette Op-art, laissait ouverte l’hypothèse d’un recentrage techno-pop, comme Psychic TV avait su le faire par le passé. Il n’en est rien puisque ce nouvel album poursuit assez platement la piste du précédent avec, en sus, une option « live en studio ». Au delà de la déception légitime que cause cette impression de mise sur pilotage automatique (redoublé par l’absence, cette fois-ci, d’effet de surprise), ce nouvel opus a le défaut de se démarquer du précédent essentiellement pour de mauvaises raisons : le groupe s’y montre aussi scolaire qu’orthodoxe (canevas sonores planants mille fois brodés, tension rock un brin surjouée) et puis, plus que tout, on a l’impression que Genesis P.Orridge a cherché à masquer l’indigence des nouveaux titres du répertoire en multipliant les covers et redites.

Ceux qui ont assisté à certains concerts de la précédente tournée retrouveront l’adaptation du No good trying, de Syd Barrett, qui séduisait en live mais reste dans le registre de l’anecdotique sur disque (le morceau commence par des samples répétés des fameux « faux départs » vocaux issus des disques de Barrett, citations des plus lourdes et exhibitionnistes). Plus loin, quitte à donner dans la visite du musée des monstres sacrés, PTV3 s’attaque au Foggy notion du Velvet Underground sans plus d’originalité et de pertinence que les 10 000 groupes revival psyché du monde entier. Peut-être conscients de leur posture de légende vivante – ou coupables d’un mélange de prétention et de manque d’à propos – ils reprennent même « du Psychic TV » puisqu’on doit s’avaler une nouvelle version de Papal breakdance, revu et corrigé à la sauce rock la moins « nouvelle cuisine » qui soit : pour cette relecture, P.Orridge s’est contenté de remplacer les tonitruants et très chrétiens « I love youuu » (samples de ce bon Jean-Paul II, sur la version originale) par des « lalala » inconséquents… Et puis, comble du comble, ils rejouent New York story, tiré du précédent album, dans une version quasi identique. Un « Mickael Gira mix », nous vante la pochette…On passera sur le hidden track (une cover live de Reverberation des Thirteen Floor Elevators…) qui aurait une tête de bonus sympathique s’il n’était pas précédé de ce que nous décrivions…

De ce fait, au sortir des premières écoutes, c’est la profusion de redites peu inspirées qui retiennent l’attention. Bien davantage que les quelques nouveaux morceaux parsemés sur le disque. Les écoutes complémentaires expliquent le phénomène : que l’on pense à ce Trussed au vocaux caricaturaux de morgue « rock » ou à ce The Alien Brain ferroviaire, pour ne citer qu’eux, force est de constater qu’ils ne sont que de longs jams en roue libre, servies par un groupe peu inspiré, sur lesquelles P.Orridge fait du P.Orridge. Seul nouveau titre à sauver un tant soit peu son épingle du jeu, Pickles & jam installe un beau climat désolé mais ne brille peut-être que par le manque d’éclat du reste. Bien entendu, on nous objectera que cet album est une forme d’hommage à feu-Lady Jaye Breyer P-Orridge, décédée il y a un an d’un foudroyant problème cardiaque et véritable moitié de GPO, mais cela ne saurait justifier en rien de nous servir ce disque de chutes de studio, de documents de répétition…. Couplé à l’album, un DVD de 30 minutes (à l’esthétique bootleg assez cheap) donne à voir le groupe actuel en répétition, sur la route ou en live, reprenant les « tubes » Roman P. ou Papal breakdance, avec comme seul intérêt les quelques images témoignant de la grande complicité amoureuse de P.Orridge et Lady Jaye Breyer…

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