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3
sur 5

Il y a maintenant trois mois arrivait en France un étrange vinyle 4 titres de chez Warp. Le nom de l’artiste était alors discrètement caché au beau milieu d’une sombre pochette noir et blanc. Avant même la première écoute, on s’attendait à quelque chose de brutal, pour ne pas dire punk : l’artwork, tout en collages de photocopies, s’inspirait du violentissime Karl sold the truck de Soul Asylum. Ce qui explique l’énorme surprise une fois cette jolie galette translucide couchée sur le tourne-disque. Prefuse 73 est un pur projet d’electro-hip-hop. A la manière de certains travaux de Autechre (sur la première partie de Ep 7, notamment), leurs titres naviguent étrangement entre un son numérique actuel et une forme d’electro basique, inspirée des bases instrumentales du mouvement hip-hop (on pense aux tout premiers Grand Master Flash).

Mais la grande excitation suscitée par ce magnifique avant-goût nous a peut-être fait placer le niveau d’exigences légèrement trop haut… Une fois la surprise du premier single digérée, avouons que Vocal studies… s’avère bien moins déconcertant. Loin d’être décevant, l’album applique, à peu de choses près, toute la (charmante) recette de composition déployée dans le 4-titres qui l’a précédé. Sur les 16 plages présentées, autant dire que l’écoute reste très agréable… Mais ce duo anglais se contente de nous rebalancer ses techniques de flow haché à coups de Powerbook et ses beats numériquement aléatoires, sans chercher à aller plus loin que par le passé. Quelques variations de style arrivent tantôt. On entend du DJ Shadow par-ci (l’utilisation des guitares électriques reste très proche de celle entendue sur High noon) ou du Automator par-là… Finalement, le seul véritable aspect personnel du disque reste technique ; déjà pas si mal en ces temps où les artistes électroniques aux arrangements sonores novateurs se font rares. Tous les « cut & paste » mélodiques déployés sur certains titres, comme Radio attack ou Five minutes away, sont impressionnants, et dans le même temps harmonieux et délicats. Toutes les déconstructions vocales appliquées sur les lignes de chant (on y entend d’ailleurs quelques invités, comme Dose One et d’autres joyeux expérimentateurs de la clique Anticon) ouvrent clairement une nouvelle voie pour le hip-hop…

Le premier album de Prefuse 73 est en quelque sorte une entrée en matière. Le duo arrive dans l’arène pour poser ses règles. Un monstre mutant du hip-hop est né. Issu des décombres digitaux, il ne lui reste plus qu’à évoluer et à se faire entendre. Les fins expérimentateurs de Prefuse 73 ont apparemment encore beaucoup de chose à dire. On attend naturellement leurs prochains travaux, plus profonds peut-être et surtout, plus poussés. Wait and see…