« Cole Porter a toujours été mon idole en tant que songwriter. J’adore sa musique et je chante ses chansons depuis des années », indique Patricia Barber pour expliquer le projet de ce nouvel album entièrement consacré au giant du Great american songbook, deux ans après ses ambitieuses Mythologies inspirées de ses lectures d’Ovide. Easy to love, I get a kick out of you, C’est magnifique, What is this thing called love, on retrouve les tubes les plus incontournables dans cette tournée des classiques que Barber n’a pas forcément voulu déférente (les chansons sont, sinon détournées, en tous cas adaptées, acclimatées à la touche de la chanteuse, avec cette lenteur sensuelle et mélancolique, ces parfums de bossa-nova qui traînent dans l’air, ce jeu permanent et délicieux sur les clichés de la chanteuse fatale, sexy et adulte ; il lui arrive même d’insérer de nouvelles paroles, comme dans You’re the pop), agrémentée par ailleurs de trois compositions originales qu’elle a faites dans la manière du maître. « Il m’a fallu du temps pour les écrire, confesse-t-elle. Je suis plutôt lente, et il faut se sentir sûre de soi pour placer ses propres chansons sur un disque qui rend hommage à Porter. Mais j’écris comme lui car j’ai appris à composer en écoutant ses chansons. Je compte les syllabes comme lui. C’est flagrant dans Late afternoon with You, où j’utilise également les rimes internes comme il le faisait ».

De fait, au-delà des similarités techniques, l’amoureux de Porter ne sentira sans doute aucun hiatus entre les reprises et les trois originaux, dont l’un au moins (« Snow », une chanson « très sexy qui traite du désir », dit-elle) est d’ailleurs une réussite que l’on placera volontiers au sommet de son répertoire à elle. L’entourent, comme d’habitude, les musiciens avec qui elle tourne depuis de nombreuses années et albums : Michael Arnopol à la basse, Eric Montzka à la batterie (relayé à l’occasion par Nate Smith, issu des rangs des orchestres de Dave Holland) et l’inimitable Neal Alger à la guitare, dont les sonorités liquides et envoûtantes font beaucoup pour le son immédiatement reconnaissable du groupe. Chris Potter amène par ailleurs son ténor sur The New years’s Eve song, où la patronne explique lui avoir demandé de jouer « à l’eau de rose », ce qu’il a tenté de faire en jouant « comme s’il était à moitié saoul, mais en restant le grand Chris Potter ». Une performance d’acteur qui suffirait presque à rendre recommandable ce bel album où, après les réserves (toutes relatives) que nous avait ici et là inspirées Mythologies, nous fait redécouvrir l’excellente Patricia Barber comme on l’admire : impeccable.

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