Fille d’un résistant politique Sri lankais, M.I.A., guerrière du beat, a derrière elle une petite réputation de chasseuses de têtes productrices (Timbaland, Diplo, Switch, Blaqstarr, Morganics, Richard X…), un tube international (Galang), une mixtape militante (Piracy funds terrorism) mais n’a jamais pour autant oublier ses racines : faire la musique, la fête, la guerre et la peinture. Son premier album s’intitule Arular, du nom de l’alias donné à son père lors de la lutte des Tamils pour contrer la prédominance du peuple Sinhalese au Sri Lanka il y a une décennie. Alors bien sûr, elle ne lutte pas dans les bois, armée d’un bâton de feu et d’un drapeau blanc. Mais elle s’introduit de manière étonnamment élégante dans un bouillon de pop explosif, comme pour retrouver une dimension humaine dans un univers qui vacille entre rap digital et electro-accoustique de solennité foraine. Cela faisait longtemps qu’une chanteuse qui se teinte de hip-hop et d’electro n’avait fait autant vibrer les tympans des hallucinés. Maya, de son vrai nom, aurait pu se perdre dans les travers du copié-collé et autres castings téléphonés.

A l’heure où la fusion naturelle de l’electro festive et du hip-hop entre dans une excitante seconde vie, M.I.A fait le lien entre ces deux façons de marier le souffle et la parole, à l’instar de la portion baroque Mango pickle down the river (feat. the Wilcannia Mob). Un beat ici puis une beat-box là et un didjéridoo coupé en six, quelques scratches et une curiosité voyageuse (Paris, Queensbridge, Londres) emmènent Maya vers des déviations soul séduisantes, enrichies, par endroit, d’un véritable orchestre symphonique, dont les sections de cuivres fertiles et digitales s’électrifient ($20) au fur et à mesure des croisements orgasmiques, conjuguant perfection musicale et bordel foisonnant (Bird flu). L’electro-funk de M.I.A se transforme soudain en soul minimal aux influences 80’s, puis mute vers un son acide des 90’s pour quelques saccades, pour ensuite coller savamment aux bodies fruités et mouillés des fluokids de nos années 2000 (Bamboo banger et Come around feat. Timbaland). Alors qu’on semblait rassasier, voire même saouler, la jolie se met à chantonner sur des ondes surf, des cuts de synthés new-wave, ragga ou gitanesques ; le tout appuyé par une TR 808 eclatée (The Turn).

Comme ses amies et collègues Ciara, Missy Elliott ou encore Peaches et Dizzee Rascal, la starlette d’origine srilankaise se permet également des retours old-school (XR2), étalant ses vocalises sexy sur des cadences absurdes, qui font du va-et-vient entre hip-house et jungle chère aux britanniques. Toutes ses références sous-tendues, remâchées et recyclées lui permettent de chanter sans plagier, d’imposer un style, souvent minimal (jamais plus de dix pistes par morceau), mais surtout une harmonie identitaire, gonflée aux basses énormes et aux pondérations habilement structurés (Boyz, Hussel, Jimmy). Avec une virtuosité déconcertante, M.I.A. conjugue à la perfection musicalité foisonnante et trouvailles charnelles de toute beauté, dont les entrailles toucheront assurément les dance-clubbers terriens. Comme en atteste le joliment débile titre Paper planes, où la prima donna mêle mélodies espiègles, dollars écrasés, white-skunk et guns déglingués. Attention, une icône passe près de chez vous.

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