Chaque semaine ou presque déboulent sur nos écrans d’insipides comédies (romantiques pour l’essentiel), réalisés par des inconnus (venus de la télé le plus souvent) à la carrière souvent éphémère, avec quelques têtes d’affiches récurrentes (Gilles Lelouche, Mélanie Doutey, etc.), et dont on ne peut que tenir une chronique désolée. Que nous enseigne cette assiduité hebdomadaire ? Que la comédie romantique à la française, plate, préfabriqué, étroite, tente de s’élever, à défaut d’enchantement, par un moyen détourné : le second degré, le commentaire, la référence circulaire.

Le titre du premier film de Marc Gibaja (dont le seul fait d’armes répertorié jusqu’à présent est La Minute blonde, dont il assura l’écriture) résume à lui tout seul cette tendance : Ma vie n’est pas une comédie romantique dit bien que c’est le genre, le contenant, qui est l’objet du film, et pas le contenu. Quand on en découvre le héros, il est affalé sur un canapé et sanglote devant sa télé, où rayonne Meg Ryan, éternelle impératrice du genre, et actrice injustement sous-estimée. Mieux, on se prend à espérer, tandis que court l’histoire, que Meg soit carrément l’héroïne cachée du film, et pas simplement un clin d’oeil. Du moins c’est ce que suggère une coiffure, celle de Marie Gillain qui, par-dessus les rayons d’une animalerie, laisse apercevoir des bouclettes à-la-Meg. En fait, elle est explicitement déguisée en Meg Ryan, et se multiplient partout les gros clins d’oeil à la filmographie de la blonde sucre d’orge.

Hélas, le film ne se contente que d’un hommage à la grande dame (hommage un peu pathétique, dû en grande partie à une Marie Gillain catastrophique), et fait plutôt l’étalage de sa roublardise à peu de frais. Le jeu sur les grandes figures de la comédie romantique n’est que la béquille commode de ce film qui, à défaut d’inventer un ton, emprunte celui du commentaire goguenard et distancié. Bref, Ma vie n’est pas une comédie romantique s’estime original et réflexif, mais au fond ne fait preuve que d’un opportunisme mal placé (tourner en dérision les clichés du genre, puis s’en repaître allègrement quelques scènes plus loin). Son petit système consistant à enfiler des saynètes voulues irrésistibles et livrées en kit, et sa manière de prendre sans cesse à témoin le spectateur de sa malice présupposée, achèvent de le rendre antipathique.

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