Non, ça n’est pas parce que Manu Katché a été propulsé au rang de vedette télévisuelle par sa participation au jury de l’inénarrable Nouvelle Star de M6 que l’on fait la fine bouche devant Playground, suite de ses aventures sur le label munichois ECM après Neighbourhood : c’est bien parce qu’on s’y ennuie ferme et que, nonobstant de jolis paysages glacés et de réelles vertus relaxantes, le jazzfan n’y trouvera pas-grand-chose d’excitant à se mettre dans l’oreille. Rien ou presque n’a changé depuis Neighbourhood : l’excellente paire polonaise Wasilewski (piano) / Kurkiewicz (batterie) est toujours là (on se souvient de leur magnifique coup d’essai, sobrement intitulé Trio, sur le même label, avec leur compère Miskiewicz à la batterie, ainsi que de leur participation au quartet de Tomasz Stanko) ; Jan Garbarek est parti mais a été remplacé par Trygve Seim qui, dans le rôle de clone cachetonneur, est absolument parfait (on jurerait entendre les feulements rauques et lyriques de son illustre aîné norvégien) ; la seule nouveauté consiste en l’apparition, fort convaincante pour le coup, d’un nouveau musicien, le trompettiste Mathias Eick. « Ce nouveau disque n’est pas un nouveau départ, observe Manu Katché. Il s’inscrit clairement dans le prolongement du précédent. Il explore des territoires similaires ». Hélas, est-on tenté d’ajouter, vu la platitude monochrome des territoires en question : c’est vaste, froid, lisse, blanc, minimal et extrêmement ennuyeux, avec des compositions (toutes signées du leader) interchangeables passe-partout, une prise de son léchée à l’extrême et une sensation d’uniformité monodirectionnelle qui fait de l’ensemble un très beau disque d’ambiance fusion mais un très piètre album de jazz. On attend en vain le petit caillou dans la chaussure, le grain dans la machine, mais rien ne vient : Playground défile tranquillement et uniformément, identique à lui-même, en dépit des interventions discrètes du guitariste new-yorkais David Torn dans les morceaux d’ouverture et de clôture. Quant au jeu de Katché, il a quelque chose de déplorablement daté (eighties, d’une certaine manière), morne et répétitif, tapis sans aspérité pour le train-train studieux des mélodistes. Glacial. Un disque d’atmosphère idéal, mais n’oubliez pas de monter le chauffage dans la pièce.

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