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4
sur 5

Inclassable : c’est presque naturellement que l’épithète vient à la bouche lorsqu’on évoque le pianiste Mal Waldron, l’élégance retenue de son jeu, l’influence monkienne qui ne l’enferme cependant pas dans la case du « disciple de ». D’abord saxophoniste, le new-yorkais se lança tardivement à la conquête de son premier Steinway et n’en joua réellement en public qu’avec Big Nick Nicholas et Ike Quebec, à l’âge de 24 ans (il est né en 1925). Les années 50 le voient rejoindre les groupes de Charles Mingus et de la chanteuse Billie Holliday, laquelle le choisit comme accompagnateur en 1957. Son exil européen, en 1965, sera l’occasion d’une longue collaboration avec le saxophoniste Steve Lacy où l’intelligence musicale mutuelle se double d’une profonde amitié. Ils se retrouvent aujourd’hui sur ce splendide enregistrement à trois facettes -solo, duo, trio.

Deux plages de piano seul, tout d’abord, où l’on redécouvre l’étonnante économie avec laquelle Waldron bâtit, polit, développe des pièces d’une inaltérable beauté (le plaisir de retrouver All alone en introduction) ; quatre en duo avec le contrebassiste Jean-Jacques Avenel, ensuite, dont le jeu percutant et ouvert infléchit l’atmosphère vers les territoires de l’improvisation ; deux en trio, enfin, dont un Soul eyes final magnifié par les volutes de Lacy -autre thème définitif qui, à lui seul, suffirait à garantir la postérité à son auteur. Alors que ses précédents albums le voyaient le plus souvent arpenter les répertoires de Monk et Ellington ou reprendre les standards de sa période Holliday, ce One more time laisse entendre un Waldron « entier », occupé à l’entretien de son propre univers ; si les nouvelles compositions (le splendide Waltz for Marianne, en duo avec Avenel) sont d’excellentes raisons de le découvrir, la relecture des plus anciennes (The Seaguls ou, répétons-nous car ils les valent bien, Soul eyes) avec laquelle elles alternent en est assurément une autre.