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S’il fallait définir en une courte formule Magma, on se référerait au passe-partout « groupe-culte ». Et finalement, les lieux communs ont parfois du bon pour évoquer ce phénomène musical considéré comme vital pour des personnalités aussi différentes que Moebius, Alexandre Jodorowski ou Antoine de Caunes. Car comment mieux situer cette formation apatride sur l’échiquier obscur du rock français, sous-catégorie bien vaine d’une pop musique depuis longtemps globalisée ? En 1969, dans la pénombre d’une maison en ruine se définissait à grands coups de marteaux (Nietzsche, déjà) un des groupes clés de la rencontre entre jazz, rock et musique contemporaine. Mené par la vision musicale unique d’un batteur ternaire trop binarisant, bientôt idole des plus grands (d’Elvin Jones à Tony Williams) et compositeur reconnu, ce collectif à l’imagerie noire et post-gothique a inventé son propre genre musical et une cosmogonie anti-hippie qui perdure encore trente ans plus tard.

Les années ont passé pour Magma et les musiciens se sont suivis dans un défilement sans fin. Vivier incroyable de talents musicaux techniques et artistiques, ce groupe tentaculaire a gardé une constance, Christian Vander (chant, batterie, piano), dans le rôle du pivot rythmique et harmonique d’un collectif au confluent de Coltrane (A Love supreme), Stravinsky (période Les Noces) ou Carl Orff. Pour célébrer les trente ans de son existence quasi discontinue (la décennie 80’s, maîtresse infidèle, a joué des tours à l’unité du groupe), les musiciens actuels du groupe, tous issus de la nouvelle scène jazz française, se sont donnés rendez-vous pour trois soirées vivantes et jamais figées dans un culte emplâtré du revival.

La musique, comme toujours dans Magma, se déplace pour l’occasion. Machine à jouer bien huilée, le groupe très uni est calé à la note près sur des compositions millimétrées et rythmiquement hallucinées. Dans la musique de Christian Vander, le contretemps se substitue au temps et inverse les données d’un auditoire transporté par la transe extatique d’une musique incandescente. Cette large formation (quatre choristes, basse, guitare, pianos Fender, batterie), agrémentée pour l’occasion d’un peloton de cuir dissonant, interprète avec puissance et précision la pièce maîtresse du répertoire du groupe, la trilogie divine de la planète Kobaia, projection idéale de Vander l’utopiste. Au final, une suite en trois mouvements bien distincts (Theusz Hamtaahk, Wurdah Itah, Mekanik Destruktiw Kommandoh) pour célébrer la violence d’une musique incroyablement vivante. Incontournable, probablement.