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4
sur 5

La grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un boeuf se ravise juste avant d’éclater. Après quatre disques de pop orchestrale de plus en plus chargée, Neil Hannon se range et fait un disque de rock adulte produit par Nigel Godrich (Radiohead, Travis…). Sauf que, contrairement à P.J. Harvey, il sait écrire des chansons à dix accords.

Divine Comedy renoue donc avec la relative simplicité de Liberation, son brillant coup d’essai de 93, la fraîcheur d’alors remplacée par une certaine maturité. C’est la veine des quelques ballades lancinantes de ce disque (Queen of the south, Victoria falls) qui semble avoir été développée ici. Le groupe constitué et consolidé depuis six ans autour d’Hannon a participé activement à la réalisation du nouvel opus, en collaboration avec le producteur. A l’arrivée, les chansons de l’Irlandais en sortent grandies. Elles y sont monotones, mélancoliques et évoluent lentement. Une écoute distraite peut donner le sentiment qu’il ne s’y passe pas grand-chose, car c’est bien au fil des visites qu’on se familiarise avec les mille nuances qui en font tout le sel.

Le plus impressionnant reste la grande qualité des compositions (en particulier Note to self, Eye of the needle, Mastermind, Regeneration). Les arrangements et la production servent parfaitement l’album sans jamais, pour autant, prendre le dessus. Le son est brillant, évoquant parfois le Radiohead de OK Computer, mais ni les guitares, ni les synthés vintage, ni même la voix de Neil Hannon, toujours aussi excellente, ne détournent l’attention du tout dont ils font partie. En ce sens, ce disque est un bon exemple de ce qu’un travail judicieux peut produire lorsqu’il sert de véritables chansons. Bad embassador, dans une veine parodique des Spider From Mars, paraît un peu hors sujet et même irritante avec ses escaliers de basse exagérés et ses cordes en torsades. Mais elle finit par disparaître dans le décor de ce disque de fond. Pas même les accents hard-rock en point d’orgue du morceau-titre ne semblent incongrus. Et la grille d’accords de cette composition force l’admiration. Réjouissons-nous : Neil Hannon, ce songwriter de classe, est parvenu à se renouveler.