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4
sur 5

Le choc que procure immédiatement l’écoute de Lift To Experience tient au mur ultra-saturé de guitares, qui, d’une agressivité folle, possède cependant un moelleux et une douceur étonnante dans les crêtes. Il rappelle en cela My Bloody Valentine et son chef-d’œuvre Loveless paru en 1991. A une époque où l’on croyait la distorsion absconse, et où l’on estimait qu’il n’y avait plus rien à inventer sur la guitare électrique à papa, on pouvait encore édifier un nouveau Wall Of Sound voluptueux, sexy et rare…

Lift To Experience est un trio texan qui, à l’image de sa pochette du genre western, s’enfonce dans l’imagerie redneck et en ressort chargé d’une fièvre évangéliste qui foudroie en une seconde le cœur des petits Européens. Le père de Josh Pearson (guitare et chant) était pasteur, et le fils intoxiqué rumine cet héritage compliqué en le confrontant aux airs blues et folk de sa contrée peu libérale. Des musiciens comme Bonnie Prince Billy ont déjà fait de l’imagerie countrysante leur fonds de commerce, mais dans le genre space-rock, c’est inattendu. A l’écoute, Texas to Jerusalem Crossroads procure une impression inoubliable : ce post-rock apocalyptique propose une liturgie sonore qui secoue les âmes les plus avachies. Et Josh Pearson a un beau brin de voix. Quand il affirme avoir été influencé par Jeff Buckley, à l’écoute de Down came the angels ou Falling from cloud, on le croit aisément. Même s’il n’atteint pas la perfection sonore et émotive de Jeffrey, la voix de Josh accroche de beaux aigus, et escalade sans trop de souffrance ses deux octaves.

Le blues, le rock expérimental, la pop noisy, tout ce lacis d’influences hétérogènes se frotte et se malmène sans parvenir à se distinguer. Ce disque est touffu, sauvage, instable. Etonnant d’entendre des forces musicales qui bataillent ainsi, et en s’affrontant, font jaillir quelques belles étincelles pleines de ferveur (Just as was told) ou de transes douloureuses (Waiting to hit). Parfois, elles laissent aussi s’échapper un crin-crin pénible qui provoque le sommeil (When we shall touch). Malaisée, douloureuse et poignante, la musique de Lift To Experience a donc aussi de multiples faiblesses : les musiciens sont jeunes et ça s’entend. En surchantant de sa voix de tête, Josh Pearson frise même parfois le ridicule : certains titres, comme Down with the prophets, sentent vraiment le brouillon, la petite jam un peu réchauffée, ou pire, l’absence totale d’inspiration.

« Ladies and gentleman we are playing with one guitar », affirme fièrement la pochette. Cette sentence résume avec à propos cet album atypique.