PARTAGER
4
sur 5

Ils ont eu raison de se prénommer Lamb. Car dans la famille des ovins, on ne les aurait pas vus sous les traits d’un mouton, bestiole paisible, certes, mais encline à suivre les foules. Or, ces deux petits agneaux n’ont rien de suiveurs. Venu de Manchester, ce duo de drum’n’bass fondé en 1994, a sorti un premier album reçu favorablement par la presse et une poignées d’amateurs éclairés. Et Fear of fours pourrait très bien leur attirer de nouveaux suiveurs. La force de Lamb réside sûrement dans les formations éclectiques, et effectuées sur le tas, de ses membres : au hasard de ses études, le batteur-percussionniste et producteur Andy Barlow a atterri à Philadelphie, ce qui l’a ouvert à la culture hip hop alors naissante. Fille d’une chanteuse folk hippie, Louise Rhodes (chant) a passé son enfance à traîner entre festivals et clubs pour assister aux performances de maman. Qui lui faisait écouter également ses disques de jazz. On aimerait d’ailleurs l’opinion de maman Rhodes concernant l’album de sa fille, où l’acoustique n’a pas trouvé sa place entre clochettes de synthèse et claviers à gogo…

Cependant, sous les couches de sons artificiellement générées en studio, l’archéologue musical dénichera des structures de morceaux pas franchement récentes. Les mélodies ressemblent à du Cole Porter, comme si le roi de Broadway avait été enlevé par des martiens et nourri de speed avant de composer le jazz à bout de nerfs d’Ear parcel. Ce qui convient à la technique vocale de Louise, louchant du côté des divas de la pointure d’Ella et de Billie. Qui auraient avalé de l’hélium et décidé de couiner comme Minnie Mouse, bien sûr. Grandpa Cole n’a pas été le seul génie emblématique américain à se retrouver pillé avec révérence par les mancuniens électroniques. Phil Spector se voit ici dépouillé de son célèbre procédé de la mini-symphonie populaire. Les Lamb ont pigé le coup : ils alternent paroxysme et douceur, orgasme sonore et chuchotements, pour le grand plaisir de la chaîne hi-fi -et de son propriétaire. Si un jour David Lynch cherche une nouvelle bande originale pour coller à l’un de ses anciens films -ceux où il favorisait le noir et blanc à texture graineuse- il saura où la trouver.