A l’heure où les internets vous livrent des palmarès aussi subjectifs qu’inintéressants sur les concerts de La Route du Rock, je concède, une dernière fois, à rendre compte d’une soirée au Fort Saint-Père. Mais que dire de plus que le lecteur ne puisse penser lui-même ? Et si parler de ces maudites guitares acérées et filer la métaphore climatique n’était pas la seule et unique façon de parler du prestigieux festival breton ? Et si finalement La Route du Rock ne se résumait pas à des « tempêtes de noise », des « crachins de pop » et des « torrents de bonheur » ? Non. Pas seulement.

C’est donc reparti pour un tour avec The Districts, un groupe de rock banal (le rock, pas le groupe), biberonné aux Strokes. La scène des Remparts est un peu vide mais le public se délecte de la musique d’ambiance de Pennsyvanie dont je ne me rappelle pas la capitale. Le temps du concert me permet de patienter que Google me donne la réponse et je me retrouve démuni au moment où le groupe quitte la scène : la musique a glissé sur moi. Je suis un canard. Harrisburg.

Father John Misty reprend le rôle endossé l’année dernière par Baxter Dury : musique familiale pour un dimanche soir en gueule de bois, une sorte de soul sans âme. Le sexisme n’est pas unilatéral et les homo sapiens de sexe féminin commentent l’homme alpha qui se dresse sur la scène du Fort. Il est question d’un barbu aussi drôle que sexy. Ne reste plus qu’à espérer que le séducteur « matche » ces demoiselles pour prendre un café, celui-là même qui remplace aujourd’hui les préliminaires. Notons au passage que personne ne commente sérieusement sa musique, preuve s’il en est qu’elle ne soulève pas unanimement les enthousiasmes.

« We are band that plays music » annoncent Viet Cong sur scène. Il valait mieux prévenir en effet. Le bruit est-il musique ? Laissons Alex Ross répondre à cette question (cf. The Rest is Noise). Le concert assourdissant de la Maroquinerie se transforme en pet mouillé sur la scène des Remparts, mais les néophytes se laissent berner par la saturation qui se perd dans l’air humide. Le public semble prendre une claque et pourtant, Viet Cong seront fessés par Savages.

Fessés par un groupe de filles qui jouent du post-punk (après le punk ? au-delà du punk ?). Jehnny Beth, a.k.a. Catwoman, a.k.a Camille Berthomier chante les bras levés, non pas à la façon de Chelsea Wolfe ou FKA Twigs, mais à la façon d’une intrigante sauvageonnne. Les fameuses « guitares acérées » pourfendent l’air, puis rien du tout, si ce n’est les tympans.

Après Slowdive, après Slint, voilà Ride. Encore un groupe « culte » (sur discogs.com, voire lastfm.fr), de shoegaze qui plus est, qui se reforme pour enfin toucher les cachets interdits dans les nineties. La Gaîté Lyrique, la Villette Sonique et la Route du Rock semblent donc se partager ces « têtes d’affiche » et le jeu des devinettes a déjà commencé pour le groupe sur le retour de l’année prochaine. Sinon, sur scène, Mark Gardener tente de faire oublier qu’il a travaillé avec le somptueux groupe nommé Rinôçérôse que Jessica du Mouv joue probablement encore entre deux titres de Superbus. Blague à part, très bon concert de quinquas.

Par la suite, Dan Deacon livre un set faiblard au bal des pompiers, ponctué par la légendaire chenille du festival. Le concert sous hélium se teinte par moments de sonorités new wave, et celui que la presse spécialisée qualifie de « prince de la dance » fait jouxter les commissures de lèvres avec les poches sous les yeux des derniers festivaliers, vaillants mais épuisés. La fatigue transforme mon humeur et le meilleur moyen de ne pas martyriser The Juan Maclean est encore d’arrêter ma plume aiguisée. Jungle jouent ensuite.

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