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4
sur 5

Il y a quelque chose d’irrésistiblement dylanien dans la figure de Kane Robinson, alias Kano, du Dylan entamant sa carrière en 1962 : beauté, charisme, détermination, timbre vocal, songwriting prometteur… Même les pochettes de leurs premiers albums respectifs exhibent leur lot d’imagerie stéréotypée, entre celui qui (se) rêve Woody Guthrie, casquette et guitare folk en étendard et celui qui, streetwear attitude, tourne le dos à cette image-rue dont il est sorti. Tous deux ont ce regard mi-boudeur mi-goguenard des débutants pétris de conviction et de talent.

Home sweet home possède toutes les qualités et les défauts d’un premier album. Kano a pris le parti de multiplier les collaborations et les producteurs, voulant démontrer sa capacité à investir des genres différents, échantillons et clichés à l’appui, plutôt que de se tenir à une production « grime », à l’instar (davantage même) de l’album du Roll Deep. Malgré l’aspect soigné, voire besogneux, qui imprègne la production de ce disque, certains titres se détachent nettement : Reload it, chanson-document de la scène UK Garage produite par Diplo, bâtie sur un sample à peine flouté de George Harrison, où Kano, accompagné par D Double E et Demon, témoigne des raves où les Mcs se clashent au fil des reloads que le public réclame au Dj. Typical me et I don’t know why (qui sublime le breakbeat de War pigs de Black Sabbath) sont d’efficaces greffes metal / hip-hop qui contrastent avec des ballades comme Sometimes, où Kano prend le pouls de sa destinée, questionnant la légitimité de son parcours et de son statut d’étoile montante, ou How we livin’, ingénue méditation sur la vie à l’ère de la violence soutenue par une magnifique production de Terror Danjah.

Chaque titre officie comme chapitre d’un livre narrant l’existence du jeune homme, qui se prend comme sujet d’étude, mêlant expériences vécues et fictions urbaines. Le flow de Kano lie la multiplicité sonore de ces chapitres : précis, mesuré, subtil, sans être dénué de cette rage qui explose de façon plus ouverte chez Dizzee Rascal, par exemple, il semble s’écrire au fur et à mesure qu’il s’énonce, s’inscrivant dans la détermination de cet écrivain en devenir, autobiographe et chroniqueur qui devrait s’épanouir, souhaitons-le, et nous apporter des disques essentiels.